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jeudi 22 septembre 2011

LA PUISSANCE DE LA MORT ( Ou: À propos de Troy Davis, et de la Palestine )



Les deux photos d'actualité proviennent de la Cyberpresse. Le dessin représentant la Mort provient d'un blogue, à l'adresse suivante: http://plumedemesange.blogspot.com/2010_11_01_archive.html




ll y a plusieurs façons, pour les États-Unis d'Amérique, d'être des assassins. L’exécution de Troy Davis en est une. Ce soir, et ce n'est pas la première fois de leur histoire, pas même sous la présidence de ce fantoche, de ce désossé, de cet électoraliste méprisable qui a pour nom Barack Obama ( et qui, tel qu’il est, hein, est certainement né aux États-Unis, pas de doute là-dessus, ) ce pays ressemble comme deux goûtes de pus à d’autres régimes assassins, à l'Iran par exemple. D’où sa détestation, d’ailleurs, de ce qui, chez Ahmadinejad, s’apparente de façon troublante à l’idéologie totalitaire, létale, et ravageuse quand il s’agit de masses humaines, de George W. Bush. Mauvais souvenir, ce bandit, mais à peine adouci par la présence de l’autre, le nouveau, incapable d’idéologie un peu constante, et qui tient mordicus à ce qu’on sache qu’il est un bon patriote, tout autant que Rick Perry and Co, c’est tout dire.

Que peuvent bien penser, ce soir, les Afro-Américains de leur tout premier président noir ? Et que pourront-ils espérer de lui quand un crime raciste, retentissant, douloureux, secouera à nouveau ce pays, et qu’ils auront besoin, comme jamais, de la fraternité agissante de leur président ?

Troy Davis est mort, exécuté; crime d’État. Et ce, malgré la rétractation de la plupart de ses accusateurs. Et ce, malgré un concert de protestations internationales, parmi lesquelles le pape soi-même, ( une mauvaise habitude n’étant pas coutume, ) qui s’est joint à la chorale, pour une fois un vrai chant de Dieu.

Mais ce pays, depuis longtemps, n’écoute plus personne, et surtout pas le Jésus de l’Évangile. Cette République gouverne par la grâce d’un Dieu,  un dieu protestant, et pire encore, un dieu calviniste - puritain, quaker, radicalement amoral, chasseur de sorcières, tueur par plaisir, partisan depuis bien longtemps du feu purificateur, jadis bûcher, désormais armes à feu portées par des missiles, parfois nucléaires, un vrai don de dieu. Oh bien sûr, dans les bureaux, peu visibles, mais très influents, il y a les salauds qui ne croient en rien; mais qui pensent, qui calculent, qui influencent, et qui se réjouissent de la puissance meurtrière de leur pays et de ce qu’elle lui permet. Peuple du monde, à genoux ! Espère ta délivrance, l’oeuvre bénie de l’Amérique!

Le jour même de la mort de Troy Davis, le président Obama, contre toute morale même minimaliste, et contre la logique d'espérance de son discours du Caire, de 2009, où il avait fait un brillant appel, un appel inspiré, à la réconciliation de l’Amérique avec l’Islam, le président Obama, dis-je, a dénié tout droit à la proclamation d’un État de Palestine par des méthodes parfaitement identiques, et ( rendons-nous en bien compte, ) par l’usage du même droit international, le même, qui avait justifié Israël à proclamer unilatéralement son indépendance, comme État national, en 1948. Comme en 1947, lorsque la décision, tragique, du partage du territoire palestinien avait été votée à l’ONU, l’Assemblée générale risque fort d’appuyer, cette fois-ci encore, à forte majorité, la création d’un nouvel ( et second ) État, mais celui-là palestinien, cette autre partie qui n’avait été qu’annoncée dans le partage de 1947. Cependant, contrairement à 1947, ce coup-ci, c’est la voix, puissante, explosive, des pays en voie de développement qui se fera entendre. Et qui reste-t-il, pour s’opposer, au crime de justice, mais qui donc ? Le veto des États-Unis, comme de juste, innocentant l’occupation israélienne dans les territoires palestiniens occupés, en violation de tout droit international, et ce, depuis 1967. Ne cherchez pas d’autres raisons au bouclier antimissiles, et autres merveilles dont les Américains ont le secret pour assurer leur pérennité. Il s’agit de faire taire les petits, les mouches à fumier, les rigolos à la Chavez, qui pourraient avoir l’idée de se regrouper, et d’agir sur les relations internationales, les cons ! Si besoin, on leur enverra quelques feux d’artifices à dommages collatéraux, c’est bien simple.

Honte. Honte ! Longue vie à la vie. Interminable espoir en la justice. Et que Dieu, enfin, pour une fois, veuille bien écraser les méchants.


P.S. ( 25 septembre 2011 ) On ne peut pas en tirer de conclusion définitive, d'une part, et on ne peut pas non plus préjuger du sens à donner à l'insatisfaction de l'électorat américain à l'endroit d'Obama, mais quand même, on peut prendre note que...











mercredi 9 mars 2011

Aperçu critique d’une des pires présidences de l’histoire états-unienne



Paul Wolfowitz au Bureau Ovale: un proche collaborateur du Président



Note: L. m'a demandé un petit résumé de ce qu'ont été les Années Bush. Je me suis amusé à reprendre mes notes de cours, à les résumer, à les proposer ici en lecture - après tout, je suis historien de formation. Ces années 2001-2009 rappellent de bien mauvais souvenirs. Mais j'espère que la lecture de ce billet, pour ceux et celles que le sujet intéresse, présentera quand même quelque intérêt ! J'ai eu, moi, du plaisir à le remettre en forme, à l'écrire.




Candidat du parti républicain, G. W. Bush est « élu » en novembre 2000 par une minorité de voix. Il obtient 50 459 211 votes (47,9 %) contre 51 003 894 pour Al Gore, le candidat démocrate et vice-président sortant (48,4 %).
La Cour suprême des États-Unis valide son élection, en infirmant un jugement de la Cour suprême de l’État de Floride qui avait déclaré que le vote était « paramount », ordonnant en conséquence le décompte des votes, mais que dans les districts électoraux où le résultat était contesté. Il s’agissait de districts à majorité noire, et donc à très probable majorité démocrate. C’est là, précisément, ce que la Cour suprême des États-Unis juge comme une erreur en droit, et voilà pourquoi elle considère la mesure comme une violation de l’égalité, garantie dans le Bill of Rights, de tous les citoyens américains. Au regard de la Cour suprême, il faut recompter le vote de tous les électeurs américains, ou n’en recompter aucun. Plus encore, elle ordonne de respecter la juridiction de l’État de Floride dans le processus électoral de son choix : or le propre frère de Bush est gouverneur de Floride, et le parlement de l’État est à majorité républicaine… Sitôt le jugement du plus haut tribunal du pays connu, la Floride s’empresse de stopper le décompte des votes, et d’accorder ses Grands Électeurs au candidat Bush. C’est ainsi que Bush gagne la majorité au collège électoral, et donc la Présidence. L’affaire a toutes les allures d’un véritable coup d’État constitutionnel. Il faut cependant rappeler qu’il y a des précédents, pas toujours honorables : on pense par exemple aux ignobles tractations qui avaient mené à l’élection de Hayes, un autre républicain, en 1877, désignation qui avait facilité l’organisation de la ségrégation raciale dans les États du sud américain.
George Bush est cependant réélu le 2 novembre 2004, par plus de 62 millions d’électeurs, obtenant une courte majorité absolue de 50,7 % du corps électoral. Il fait un gain de 12 millions de votes depuis 2000.
Cette réélection, finalement assez facile, était pourtant imprévisible quelques mois auparavant. Comment dès lors l’expliquer ? On parle d’effets combinés,  de la guerre en Irak, de la politique fiscale adoptée par l’administration républicaine, et de l’impact de débats sociaux majeurs à l’époque: sur le mariage, sur la laïcité, sur l’avortement, sur la peine de mort, sur les armes à feu… Le candidat démocrate s’enferre sur toutes ces questions. Bush a l’avantage de n’avoir jamais à nuancer ses positions : elles ont le mérite d’être claires.
En politique intérieure, l’Administration Bush ne dévie jamais d’orientations à la fois néolibérales — sur le plan économique —, mais néo-conservatrices, pour tout ce qui concerne les droits et libertés de la personne et la moralité publique.
Ainsi, l’avortement ne peut et ne doit plus être un droit constitutionnel garanti aux femmes américaines. Cela découle de convictions religieuses, bien sûr, mais aussi de l’instrumentalisation politique de la religion et des Églises, y compris catholique, ce qui a beaucoup fait pour le renforcement continu du parti républicain.

L’Administration est défavorable au mariage entre personnes de même sexe, et envisage même une modification constitutionnelle pour bloquer, à jamais, cette hypothèse.

Cependant la présidence Bush défend-elle le statu quo constitutionnel quant aux armes à feu, et encore là, reçoit l’appui des segments les plus conservateurs de la population états-unienne, souvent au sud de ladite Bible Belt.

Après les tragiques attentats du 11 septembre 2001, Bush décide que les terroristes ne relèvent plus du droit international ou des Cours fédérales américaines, mais du seul Code militaire américain et du Military Order du 13 novembre 2001. Il faut attendre jusqu’au 8 novembre 2004 pour qu’un tribunal de NY juge illégales les procédures contre les prisonniers de Guantanamo, jugement confirmé par la Cour suprême des É-U, la même qui, en août 2006, a jugé certaines mesures du Patriot Act, dont l’écoute électronique, comme anticonstitutionnelles. Bush a aussi autorisé la CIA à créer des prisons secrètes et à pratiquer certaines formes de torture, même déguisées. Il fait adopter, par un Congrès docile, le Foreign Intelligence Surveillance Act, qui accorde l’immunité aux entreprises de télécommunications qui ont participé aux écoutes électroniques sans mandat judiciaire...

Néolibérale, l’Administration Bush s’illustre notamment par des diminutions d’impôts, dont 60 % des baisses profitent à ceux qui gagnent plus de 100 000 dollars. Bush rejette le Protocole de Kyoto, et réactive les productions massives d’énergie à partir de pétrole, de charbon et de centrales nucléaires. Les milieux d’affaires, en particulier dans le secteur de l’énergie, acclament le Président.

Mais c’est en politique étrangère que Bush fait sa marque la plus profonde, les critiques diront même la plus sinistre. Depuis 2001, les États-Unis augmentent considérablement leurs dépenses militaires. En atteignant plus de 400 milliards de dollars, dès 2002, ces dépenses sont désormais plus importantes que celles, additionnées, de tous les États du monde, réunis. Or, cette militarisation n’est pas le fait des Événements du 11 septembre, qui ne servent ici que d’accélérateur. Dès le milieu des années 1990 se prépare une reformulation de la politique extérieure américaine et de ses objectifs; au cœur de cette redéfinition s’illustre l’universitaire Paul Wolfowitz, théoricien, depuis 1969, du bouclier antimissile, du rejet des contrôles en armements, et de la théorie de la « construction de la menace », dans le but – avoué ! — d’agir selon le bon vouloir américain dans le monde et de bloquer l’émergence de compétiteurs potentiels. (Chine, Japon, Allemagne.)

Dès 2001, Bush amène Wolfowitz à la Maison-Blanche, en tant que sous-secrétaire d’État à la Défense. La communauté internationale, stupéfaite, doit désormais compter avec une superpuissance qui entend mener une politique de cas par cas, identifiant des États Voyous, l’expression est célèbre, avec repli en regard des organisations internationales contraignantes : la Maison Blanche ne souhaite désormais que des « alliances conjoncturelles ». Après le Onze septembre, Bush trouve les mots pour traduire explicitement la politique étrangère de son pays : « ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes contre nous ». Cet unilatéralisme radical provoque rapidement la fragmentation du monde relativement à la « guerre contre le terrorisme », parce que cette guerre prend trop évidemment en obligation les avantages objectifs des États-Unis, entre autres ce que Bush appelait le « vent du pétrole ».
La guerre contre l’Irak se prépare, exemple cynique, illégal et crapuleux d’une « construction de la menace » typique de la thèse de Wolfowitz. La planification du conflit exige de Bush de le relier à la problématique du Proche-Orient. Bush adopte la thèse du premier ministre israélien Ariel Sharon, qui prétend mener la guerre contre le terrorisme dans les territoires palestiniens occupés. L’incroyable ignorance des enjeux locaux amène même Bush à songer à une solution extrême au conflit israélo-palestinien : ainsi propose-t-il de donner la nationalité américaine à tous les réfugiés palestiniens qui espèrent une solution à leur situation désespérée depuis 1949 !

En mars 2003, la guerre contre l’Irak éclate, l’Irak accusé de tous les dangers, mais possédant 10 % des réserves pétrolières du monde, au moment où la Chine émerge et a d’énormes besoins énergétiques…

Quelques mois auparavant, en décembre 2002, l’Administration Bush relance officiellement le programme de « bouclier antimissile », déjà projeté sous Reagan : le bouclier exige l’abandon du traité ABM, signé en 1972 avec l’ancienne URSS ; il a pour but de protéger l’entièreté du continent nord-américain par un système multicouche, combinaison de radars, de missiles intercepteurs, au sol, en mer, du ciel, et même de l’espace… (D’où la colère américaine quand le Canada, en 2004, refuse de participer au projet, pour cause de militarisation de l’espace, militarisation interdite par le droit international.)

Conséquence inévitable de cette politique internationale: l’illégalité des opérations de guerre, et l’effondrement du système de sécurité collective mis en place depuis 1945. Très révélateur est là-dessus le refus de l’administration Bush de reconnaître la Cour pénale internationale, créée en 1998 pour juger des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En 2002, le Congrès adopte, tout au contraire, une loi autorisant le Président à prendre tous les moyens, y compris militaires, pour libérer quelque Américain qui pourrait être traduit, hypothétiquement, devant la Cour…

samedi 15 janvier 2011

SUJET MINÉ ( 2 )




Long, et excellent article, publié aujourd'hui par Jean-François Lisée. Lisée est certainement un des intellectuels québécois pour qui j'ai le plus d'admiration. Il répond ici à une longue lettre, qui lui a été adressée, en reproche aux critiques qu'il avait précédemment faites à Israël, comme État indépendant et comme pays en construction. L'échange est excellent, remarquable. Je n'ai pas la qualité intellectuelle de M. Lisée, ni, probablement, celle des deux auteurs de la lettre de blâme. Mais je pense m'y connaître assez bien sur le sujet pour signaler, quand même, que la lettre de Richard Marceau et David Ouellette contient des demi-vérités et des silences complaisants qui ne contribuent pas vraiment à un débat parfaitement éclairé, et à un aboutissement pacifique. Ceci étant, ça reste d’une lecture passionnante.

Je suis vraiment, avec tout ça, en plein terrain miné.

Anecdote :

Il y a quelques années de ça, j'ai reçu au Collège, un courriel m'informant qu'un organisation chrétienne, pro-israélienne, savait ce que j’enseignais en classe, m'avait à l'oeil, m'invitait à mieux me renseigner sur le conflit israélo-palestinien, et se réservait le droit de me dénoncer ! Le courriel était anonyme. Dans un cours de relations internationales où, précisément, et passionnément, j'expliquais la mécanique horrible qui avait mené à l'Holocauste, l'accusation ( et l'intimidation ) était particulièrement absurde. Mais je ne suis pas de ceux qui croient qu'Israël est une réponse à ce crime sans nom commis pendant la Seconde guerre mondiale. Israël est un produit colonial, financé par une Banque coloniale, projeté à la fin du XIXème siècle, et qui a engendré, non sans opposition dans la communauté juive elle-même, l'idée d'une nation juive à créer et à construire. Voilà - entre autres - ce qu’il ne me fallait pas dire.

Si je reviens sur ce sujet aujourd’hui, c’est que l’article de Monsieur Lisée, et la lettre à laquelle il répond, sont des documents majeurs, de ceux qui restent.


dimanche 9 janvier 2011

SUJET MINÉ




Et pourtant, Israël est soumis, comme les États-Unis, comme le Canada, comme toute la communauté internationale, à cette résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, datant des suites de la Guerre des Six-Jours, en 1967, résolution qui reste toujours pleinement en vigueur, et qui reste toujours, au restant, pleinement justifiée.




Obligation « d'agir conformément » au droit international. « Retrait des territoires occupés », ce qui comprend Jérusalem-Est, la Jérusalem arabe. « Respect de l'intégrité territoriale ». «Règlement du problème des réfugiés » qui ont dû quitter leurs terres, leurs maisons, leurs lieux de vie, en 1948, quand Israël a unilatéralement déclaré son indépendance, piégeant pour une première fois l'ONU qui n'avait, d'aucune manière, légitimé au préalable ce coup de force quand elle avait proposé le partage de la Palestine en deux États indépendants, un an plus tôt, avant la guerre. 

« Garantir l'inviolabilité territoriale et l'indépendance politique de chaque État de la région » va de soi. Plus personne, en 2011, sauf les fanatiques extrémistes, ne voudrait remettre en question l'existence même de l'État d'Israël. Ce pays existe, c'est un fait incontournable, quoi qu'on en pense, y compris que cela puisse être une des pires erreurs historiques du XXème siècle. Mais s'aveugler, comme le fait, même, le Président Obama, qui ne veut plus remettre en question le statut de Jérusalem comme « capitale éternelle » de l'État juif, c'est choisir en toute connaissance de cause d'entretenir le ressentiment, la haine, et l'état de guerre permanent. À noter que c'est le même Président qui avait radicalement condamné le viol du droit international dont l'administration Bush s'était rendu coupable en agressant l'Irak, en 2003.

La résolution 242 est porteuse de paix. Elle a maintenant 44 ans, ou presque. À quand son application responsable ?