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dimanche 26 juin 2011

LE NU MASCULIN EN PEINTURE



Fraser Diesel: Pastel Life Study No 3



J’ai vu, ce soir, ce pastel d’un nu masculin qui m’a étonné, et plu, beaucoup. C’est l’œuvre de Fraser Diesel, peintre sud-africain, qui vit, travaille et expose maintenant à Londres. Je ne conseille à personne de chercher sur Internet des infos détaillées sur l’artiste, ni en français, ni en anglais d’ailleurs : il n’y a à peu près rien. Reste que j’ai aimé son dessin, comme j’ai aussi aimé ses œuvres abstraites, qui l’ont, semble-t-il, nettement mieux fait connaître que ses pastels et autres crayonnages d’homme nu, parfois nettement érotiques, à la manière de Cocteau.



Le dessin de Diesel m’a étonné, parce que la beauté est dans le style, dans la prestance caractéristique qu’il donne à ses modèles, dans la perception même qu’a l’artiste de la beauté de l’homme nu. C’est loin, très loin de l’intention érotique presque plagiaire, comme souvent. Remarquez bien, je ne vais pas prétendre au spécialiste du genre. Je ne connais pas grand-chose sur ce type de peinture, parce qu’en fait, je déteste ça. Trop souvent, la peinture contemporaine, qui se risque à peindre des nus masculins, s’inspire de la soft porno, ce qui me laisse complètement froid quand l’artiste qui s’en inspire jusqu’à la copier, prétend malgré tout faire de l’art. Je donne ici un exemple, mais il y en a mille de même tendance, l’exemple provenant d’un peintre américain, John Legrand, qui a pourtant connu son ( quart d’)heure de gloire, et qui a encore la cote.  


J

Le nu masculin est rare en peinture, on le sait, beaucoup plus rare que le nu féminin, si on excepte le goût des peintres majeurs de la Renaissance italienne, qui ont beaucoup aimé l’homme, et l’ont beaucoup peint, allant même, avec Le Caravage, jusque vers le jeune homme nu vraiment très, très jeune.

Je déteste donc les figurations d’homme nu. Mais il y a, bien sûr, des exceptions notables, qu’on découvre dans la production artistique de toute époque, et que je trouve parfois magnifiquement belles.

Par exemple ce Ganymède, peint sur une poterie grecque, image rouge sur fond noir, datant du 5e siècle av. J.-C..



Ou encore ce nu frontal, dessin de Michel-Ange – valeur sûre s’il en est une ! Ce dessin, c’est évidemment du grand art. Michel-Ange se faisait-il plaisir, comme Sade le fera plus tard, lui qui écrivait ses histoires pour s’exciter, et s’adonner ( longuement ) au plaisir solitaire ?  Le nu masculin est très présent dans l’œuvre de Michel-Ange, ça saute aux yeux les plus aveugles, comme est tout aussi évidente l’intention homoérotique de son travail. N’empêche, le talent est là, renversant, gigantesque, superbe.


Il y a quelques années de ça, comme beaucoup d’autres dans la communauté gaie, j’avais été fasciné par le réalisme stupéfiant, tout en même temps photographique et fantasmé, des œuvres de Paul Cadmus. J’en propose ici un des exemples les plus connus. Mais au moment où Cadmus peignait ce type de toiles, sa célébrité avait pulvérisé totalement la haine qu’il avait d’abord soulevée dans les milieux conservateurs états-uniens des années 1930, choqués par les fantasmes « marins » de l’artiste – assez semblables à ceux de Jean Genêt, en littérature.



Tout cela est intéressant, parfois très bien. Mais ça ne me change pas : à quelques exceptions près, je déteste les tableaux d’hommes nus, idéalisés jusqu’à la caricature, au corps présumément parfait, étendus sur fond de velours rouge, pour la plus grande édification d’un public d’amateurs, qui paraît-il, en redemande et paie facilement le prix fort pour ces chromos. 


P.-S. du jeudi 30 juin 2011:





Mon peintre ( probablement ) préféré, l'Allemand Albrecht Dürer, a peint cet autoportrait en nu de lui-même, qui échappe à toute catégorisation de la beauté masculine de pure forme, encore moins sensuelle. Cet autoportrait en tant qu'homme des tristesses ( 1522 ) est sans pitié pour le corps humain, pour l'homme vieillissant qu'était Dürer au moment où il s’est dessiné sans compromission, mais avec un talent extraordinaire pour exprimer sa détresse et sa folie. C’est qu’ici, comme dans le croquis de Michel-Ange, on a affaire au génie.



P.-S. du lundi 3 février 2014:

Je viens tout juste de découvrir (et d’admirer!) ce très beau nu masculin, un peu gréco-romain de style, un peu du goût de la Renaissance italienne aussi, dessiné par le hollandais Jean Grandjean, en 1779, deux ans avant sa mort: il avait 27 ans quand il a exécuté cette très belle gravure.



Par ailleurs, il vaut la peine de signaler un blogue de tumblr consacré à la représentation «artistique» du corps de l’homme (pas nécessairement nu, mais parfois nu et légèrement pornographique):
Monsieur Labette: http://monsieurlabette.tumblr.com








lundi 4 avril 2011

LE SECRET DE LA DUCHESSE


Quentin Matsys, Tne Ugly Duchess, 1513, London Museum



Il m’arrive encore de me découvrir d’une ignorance crasse… Je ne connaissais pas cette toile ! Jamais vue, jamais entendue parler, jusqu’à ce que Wikipédia en fasse sa «picture on the day», vendredi dernier. C’était le 1er avril. Probablement une blague – inconsciente - de la célèbre encyclopédie en ligne. Petite surprise désagréable à voir le portrait de la « dame », choquante, mais pourtant fascinante. J’ai agrandi l’image, l’ai longuement considérée. Pas de doute, me suis-je dit, cette femme est un homme. Un travesti d’un autre âge, d’une époque où une longue relation amoureuse entre deux hommes, qui se seraient laissé vieillir ensemble, tels quels, était absolument impossible. Un des deux devait donc jouer le rôle, comme on dit, de la femme, et dans ce cas-ci, d’une duchesse particulièrement éprouvée par Dieu… C’est ce qu’elle-même aurait dit à son entourage, qui n’en croyait pas ses yeux. Même de nos jours, mais pour d’autres craintes que le bûcher purificateur, ce type de relation d’amour reste encore rare, exceptionnel, difficile ; souvenez-vous du film, L’escalier, avec Richard Burton et Rex Harrison. Atroce. Cette résistance à l'amour durable, c’est maintenant pour s’éviter d’aimer la laideur de l’âge, sans artifice. Heureusement, à notre époque de progrès et de lumière, à moins d’avoir fait du travestisme son gagne-pain spectaculaire, le monsieur serait resté habillé en homme ; mais voilà, il aurait fait de l’entrainement au Nautilus Plus, aurait acheté ses vêtements dans des boutiques outrageusement jeunesse, se seraient teints les cheveux, et surtout, surtout, aurait dépensé quelques bienheureux milliers de dollars pour se faire remonter le visage et rester présentable, tout en ayant, à fond de tiroir, comme en-cas, quelques célèbres comprimés bleus…

Bref.

Bref, cette « Ugly Duchess » ( peinte par Quentin Matsys en 1513, ), cette duchesse laide, moche, affreuse, comme on voudra, est un homme. Voyons donc, c’est l’évidence même ! Son « mari », peint aussi par Matsys, se trouve tout près de la « dame », au British Museum, pour l’édification d’un public resté foncièrement naïf – et redoutant, probablement, de mal digérer, au su de l’identité sexuelle réelle de la « dame », et pire encore, de ce qu’elle pouvait bien faire au lit, à son âge… À noter que le mari supposé, bien que peu invitant, aurait fait, à mon humble avis, une moins horrible duchesse. Mais là-dessus, on en est réduit aux conjectures un peu scabreuses, pour expliquer qui des deux a décidé, dans le couple, de jouer le rôle apparent de qui…

Un an auparavant, en 1512, Michel-Ange avait terminé de peindre le plafond de la chapelle Sixtine. Lui ne s’était pas gêné pour déshabiller, et montrer, tels quels, à la fois son désir et le sexe concerné. Je suppose que ni Quentin Matsys, ni sa « duchesse » ne connaissaient l’œuvre, comme il est peu probable qu’ils aient connu aussi le sexe réel ( du moins, on le suppose encore ) de la Joconde, terminée en 1506. De fait, la duchesse a dû se sentir bien seule, dans une vie hautement risquée, du temps où Martin Luther, contemporain de Madame, et Savonarole ( mort en 1498, du vivant de la duchesse ) ne voulaient pas brûler que des encycliques papales…

Pour tout dire, la duchesse m’a rappelé ces travelos que je vois, de temps à autre ( assez rarement, le genre ne me plaisant que très peu, question de goût, ) dans des boites de nuit, grotesques avec leurs coiffes extravagantes et leurs poils dans le dos… Tout le monde ne peut pas avoir le talent de Buffet qui s’est peut-être inspiré ( je n’en sais rien ) de la duchesse pour peindre son célèbre, et magnifique, Travesti, de 1953.




Confidence, pour terminer ce billet : la duchesse disgracieuse, je l’aime bien ; elle fait partie, désormais, de mon petit patrimoine personnel, au même titre, et sans toujours l’avouer, que le grand-guignolesque de Mado Lamothe et de Madame Simone. 


P.-S. Aux étudiants qui tomberaient, en cours de recherche, sur ce petit article, eh bien à votre place, je ne m’y fierais pas vraiment.