jeudi 10 octobre 2013

LE DROIT À LA RELIGION: «L’ÂME D’UN MONDE SANS COEUR» (Marx)


Soleil inca. Musée de la Nation, Lima (Pérou)



Étonnante, cette fascination pour la représentation symbolique de l’Autorité contraignante, autrefois parée de lourds signes religieux ostentatoires, mais qui deviendrait reconnaissable, désormais, du simple fait qu’elle, et elle seule, se verrait interdite de s’en affubler... 

Il y a, dans les deux cas, le profil d’un totalitarisme inquiétant: une sorte de fascination morbide pour la Contrainte, parée d’un mystère impénétrable, naguère celui d’un Dieu tout-puissant, désormais celui d’une Coercition «neutre», et d’autant plus terrifiante qu’elle se situe au-dessus de toutes les divinités, et plus transcendante parce que plus abstraite encore que chacune d’entre elles.

Cette sobriété ciblée, c’est puissamment religieux; c’est Jésus, fabuleusement séduisant parce qu’il n’est en rien, jamais, ostentatoire, pas même quand il se montre presque nu, lui, un fils de dieu, horriblement crucifié. Mais c’est lui, pourtant, qu’on adore, dont on couvre d’or la «maison», et pour lequel, prodige ultime, on se ferait tuer avec joie - avec folie. L’Église savait bien ce qu’elle faisait quand elle fit de sa Croix le plus puissant des symboles, l’essence même d’un surmoi religieux écrasant. C’est que ça fonctionne; c’est que ça «rend».

Aux Grands, donc, ceux qui mangent et qui boivent, ceux qui peuvent soumettre et contraindre, la sobriété temporelle, la sagesse du dépouillement, et pas même la Crucifix, dont on pense maintenant qu’il désertera le Salon bleu de l’Assemblée nationale. Aux autres, à tous les autres, les signes religieux ostentatoires en abondance, et surtout à ces «petits» (ce bon peuple de travailleurs, soumis à l’exploitation et au pouvoir parfaitement irréligieux de l’Argent, encadré par des fonctionnaires publics qui doivent partager avec la multitude ses croyances vulgaires pour mieux lui en faire accroire et la contrôler), à cette masse anonyme, donc, les attributs religieux ostentatoires, dont on espère qu’ils seront encore et toujours, pour cette foule de profanes serviles, comme un opium consolant sous tous rapports. On s’en amuse, bien sûr, dans les milieux éclairés, qui sont depuis toujours bien au fait de la vanité de ces symboles et de l’usage concret qu’on en fait pour aliéner et soumettre le plus grand nombre (en pourcentage: 99 % !) de la population. 

Parce qu’il faut bien comprendre que la laïcité limitée qu’aux pouvoirs de contrainte, c’est une manoeuvre essentiellement religieuse, c’est le parachèvement du culte solaire dépouillé de tous les ornements animistes qu’il a traînés longtemps avec lui. Louis XIV, s’il était encore vivant, le comprendrait parfaitement, et la jouerait modeste, avec son ostentation quotidienne désormais sans dentelle, dans un palais tout ce qu’il y aurait de plus «neutre», au service du nouvel État-Dieu - mais sans providence. Et il aurait compris, parfaitement compris, pourquoi le pouvoir Inca se réservait pour lui seul l’austérité grandiose du culte solaire, alors que les peuples soumis de l’empire avaient la liberté (contrainte) de croire à tout, de se parer de tout, y compris des symboles de ce misérable culte lunaire, cette «lune» incapable d’apprendre à compter correctement, ni le temps ni l’or, une farce sinistre destinée qu’à la seule stratification sociale et à sa pérennité.

Et dire, dire que cette laïcité des seuls pouvoirs de «contrainte», c’est Bouchard-Taylor qui la proposent; dire que Monsieur Parizeau leur emboîte le pas, donne son accord, prestigieux; et dire que Madame Françoise David fait sienne cette nouvelle religiosité, cette moderne aliénation du petit peuple à qui on dit que sa religion, toutes ses religions en fait, c’est un droit absolu, de toute éternité. C'est là berner la foule immense des «contraints», dont on se moque bien de la crédulité (même en prétendant le contraire.) C’est fondamentalement incroyable qu'on en soit là. C’est à en être désillusionné, dépité.










2 commentaires:

Anonyme a dit…

Wow, sans aucun doute ton meilleur article...depuis 'Et pourtant elle tourne' Sincèrement. Bravo!

Richard Patry a dit…

Merci ! C'est apprécié ;- )