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vendredi 2 août 2013

LA RUSSIE EST UNE « GRANDE DÉMOCRATIE »














(Toutes les images animées, je les ai trouvées rapidement sur Tumblr, sans que je ne puisse plus nettement identifier et créditer leurs auteurs. Il me semble que ces images pourraient désensibiliser le président russe de son aversion, et le sensibiliser à une réalité de l'espèce humaine qui n'est, après tout, qu'une des multiples composantes de l'amour.)


Merci, M. Poutine. Vous avez (enfin) compris ce qu'était le droit d'asile. Vous avez, très certainement, sauvé (un temps, une année,) la vie d'Edward Snowden - gravement menacé par son gouvernement, déchaîné contre lui, bouc émissaire parfait pour camoufler ce qui peut l'être encore de l'énorme scandale qui secoue les services de sécurité des États-Unis d'Amérique; vous l'avez sauvé, surtout, de la dangerosité des prisons de son pays: peu de pardon pour un «traitre», même héraut de la liberté et du droit, dans l'univers carcéral qui pardonne le meurtre, mais certainement pas le défaut de patriotisme. Voilà un geste, Monsieur le Président, qui prouvera que votre pays est bel et bien la «grande démocratie» qu'on a récemment opposée à la France «socialiste », qui spolie les riches. Ce n'est pas à vous, Monsieur le Président, qu'on pourrait faire ce reproche.

Reste encore à trouver les expressions de gratitude, les preuves d'amour (mêmes) que l'on puisse vous adresser, Monsieur le Président. Peut-il, dans une grande démocratie, y en avoir qui soient mauvaises, et encore impossibles à exprimer, sous peine d'être accusé de propagande perverse devant mineur ? Y a-t-il, dans une grande démocratie, des relations amoureuses qui peuvent, encore de nos jours, conduire à la prison (dont vous avez préservé M. Snowden) ? Même moi, M. le Président, un étranger, je suis passible de cent mille roubles d'amende et de 15 jours de prison à simplement vous écrire ce billet reconnaissant ! J'hésite désormais à me rendre en touriste chez vous, M. Poutine - bien que, dans une grande démocratie, on imagine mal un service de sécurité qui puisse retracer mon modeste blogue et prendre bonne note de son contenu, pour ensuite m'en faire de glaçants reproches, au frais, derrière les barreaux, réduits à un morceau de pain et un grand verre d'eau...

Le pape, Monsieur le Président, qui n'est pas précisément, vous en conviendrez, un démocrate exemplaire, se défend pourtant bien de «juger» les personnes homosexuelles, et reconnait sans peine la compassion qu'elles peuvent tout aussi bien ressentir que vous (pour la sûreté des exilés en détresse) ou que M. Snowden (pour le respect du droit et de la justice): M. Poutine, je vous dirai même que rarement, nous, les gays, manquons à nos devoirs de patriote. Pensez, dans l'histoire même de votre pays, à Tchaikovsky, pensez à l'Ouverture de 1812: ça ne manque ni de panache ni de canons... J'imagine que vous ne voudriez plus, maintenant, faire empoisonner ce compositeur de génie parce qu'il avait des «moeurs sexuelles non traditionnelles»... Monsieur le Président, nous ne corrompons personne. Nous aimons la paix. Nous aimons les grandes démocraties. Nous aimons l'amour. C'est ce que je vous offre, Monsieur le Président, avec l'espoir de quelque rapide éclaircie réellement démocratique dans les lois de votre grand pays, la grande Russie.








mardi 2 avril 2013

RIEN N'EST JAMAIS ACQUIS, PAS MÊME L'ÉGALITÉ


Source: Stop Homophobie



Ce qui se passe en France (et aux États-Unis), en lutte contre le mariage pour tous, a réveillé la haine, même ici, au Québec, et certainement ailleurs dans le monde. La droite française flirte avec les pires souvenirs historiques qui soient, et emprunte, sans gêne aucune, les méthodes et autres arguments habituellement associés à la gauche quand elle exprime sa colère: la protestation de masse, dans la rue, au nom du peuple exploité et trompé, du peuple qui rompt le silence résigné, s'échappe et gronde enfin, qui s'empare des moyens de défense ultimes qui lui restent, la violence urbaine, la confrontation avec les forces de l'ordre, le dénigrement de l'État, les appels à la démission, et bien sûr, la dénonciation des grands médias, décriés comme merdias, par collusion avec le pouvoir...

Ça ne nous rappelle pas, à nous Québécois, quelque chose de très récent, dites ?

Je veux bien que l'aliénation nourrisse la colère, même quand elle dérive à droite toute: on a assez dit, avec raison, que l'islamisme avait remplacé le marxisme. Hugo Chavez, que j'aimais tant, avait bien compris le phénomène, pour lui simple accident de l'Histoire, parenthèse philosophique sans conséquence sur la révolution à venir, inévitable. Il n'était pas le seul. Des collègues historiens ont eu cette analyse, ont tenu ce discours de connivence. Il y a pourtant à réfléchir, désormais, sur la parenté des façons de faire, entre gauche et droite. Ce n'est pas la première fois, dans l'histoire contemporaine, que cette équivalence délibérée devient manifeste, et fière de ce qu'elle fait. Et il y a certainement une responsabilité à y avoir, à gauche, quand on justifie si facilement l'action de la rue, l'agitation-propagande, et l'insubordination, parce que la méthode peut se retourner, terriblement, contre les idéaux les plus équitables, et les plus nobles. Ce qui se passe en France est un dérapage grave, qui pourrait tout aussi bien arriver aux États-Unis (où la droite se travestit en Tea Party, s’approprie du souvenir révolutionnaire, et autorise, du coup, l'expression possible d'une violence réactionnaire), ailleurs en Europe ou au Proche-Orient, ici même au Québec. En France, la droite ne résiste plus aux appels extrémistes. Et elle a le culot de parler du «printemps français». Le printemps français ! Contre François Hollande ! On croit rêver. Rien n'est jamais acquis à l'Homme, disait Aragon. Il semble, en effet.

La haine me fait peur. Il arrive, parfois, qu'elle s'enorgueillisse de s'exprimer «librement», d'autant plus que, même en 2013, peu de personnes se risquent à protester contre le rejet agressif des minorités sexuelles, de crainte d'être perçues comme sexuellement équivoques. Eh, t'es pas pédé, toi ? Tu serais pas un hostie de fif ?... Le droit à l'égalité face au mariage, c'est en fait le droit à l'égalité en soi, et le droit de se dire, également, pour tous. C'est ce que les opposants ont parfaitement saisi, d'où la haine, visqueuse, qui se répand. Qu'arrivera-t-il, quand la haine en prendra plus large encore, et que la droite, par dizaine de milliers, dans la rue, gonflée à bloc par ce qu'elle verra comme un combat héroïque, élargira son cercle d'ennemis ?

Rien n'est jamais acquis. Pas même l'égalité en droit. Pas même la démocratie. C'est à la gauche d'y voir, et de mesurer les effets, à terme, de sa logistique habituelle.






mercredi 6 mars 2013

HOMOPHOBIE À LA QUÉBÉCOISE


Cyberpresse, 6 mars 2013


Preuve que les réseaux sociaux peuvent sur tous sujets, et pas seulement sur celui-ci, être épouvantablement médiocres - à gauche comme à droite. Preuve que les hommes et femmes gais restent encore des minorités marginales, qu'on tolère à peine, et à la stricte condition qu'elles se masquent. Preuve que la violence est partout, au point d'alimenter un état d’esprit général, un fait d'opinion qui poussent au suicide de jeunes gens qui voudraient bien avoir, comme premier souci, leurs frais de scolarité. Preuve, finalement, que malgré les apparences, on ne vaut guère mieux que la France ou les États-Unis sur cette question, cruciale, essentielle, de l'ouverture aux autres, et de leur pleine acceptation. J'ai honte de mes compatriotes. Et j'aurais envie d'écrire: je ne veux plus rien savoir, rien, de ce qui fait prétendument la «vertu» des combats de rues des vrais hommes. Dégoût.






lundi 20 août 2012

GAY PRIDE À MONTRÉAL




C'était, à Montréal, le week-end de la Fierté — ailleurs appelée Gay Pride. Beaucoup de participants pour la journée communautaire de samedi, de partout, de toutes tendances. Le défilé du dimanche était emblématique de ce qu'il est partout au monde (où on le tolère), coloré, extravagant, politisé pour la cause, donnant beaucoup dans l'autodérision — ce que j'adore. Un public bon enfant, drôle, toujours souriant. Très chaleureux avec Québec solidaire tout comme avec le Parti québécois. De longs, de gros applaudissements pour l'importante délégation d'étudiants portant le carré rouge, et qui s'est mêlée, à ma grande surprise, à la parade. Une foule de spectateurs immense, telle que je n'en avais pas vues ces dernières années, plébiscitant toutes les variétés de l'espèce humaine, le temps d'une trêve de quelques heures. Une foule feignant d'oublier à quel point la fête est commercialisée, récupérée, rattrapée par le néolibéralisme qui a voulu de l'argent rose, et qui, tout bien réfléchi, nous veut  bien dans son armée: sur les lignes de front, les saunas sont plutôt rares...  Le week-end de la Fierté reste un beau moment, nécessaire à un apprentissage de la tolérance, qui n'est pas encore fini: la résistance est redoutable, dès qu'il s'agit de sexualité, et plus encore d'identité sexuelle. Il faut veiller, et ce sera là peut-être notre dernier combat, à ne pas devenir un instrument manipulé, crédule jusqu'à la bêtise, et  totalement inconscient, de l'impérialisme américain, et de celui, ethno-culturel, de l'Occident. 






dimanche 27 mai 2012

LA MÉMOIRE TRAHIE DE TYLER CLEMENTI


Pont George-Washington, NY. Source: http://www.journeyetc.com/travel-ideas/best-bridges-on-the-pages-of-the-record-books/



J’étais en vacances, au loin, pendant qu’un tribunal américain mettait fin, par le prononcé de la sentence, au procès de Dharun Ravi, accusé d’actes d’intimidation exercés à l’encontre de Tyler Clementi, 18 ans. Le jeune homme avait trouvé le piège, l’humiliation, la rigolade cynique délibérément planifiée contre sa personne, le viol de son intégrité et, surtout, le mépris de son orientation sexuelle, tellement insupportables qu’il s’est suicidé en se jetant, de honte, du pont George-Washington, à New York. L’horreur absolue. Tyler Clementi a laissé une lettre, s’est expliqué, a dénoncé ; il a fait le sacrifice de lui-même, qu’il a spectaculairement théâtralisé, pour que le message porte, loin, longtemps. Sa souffrance était intolérable.

Et quelle est la punition infligée à Dharum Ravi, qui ne s’est jamais, jamais excusé, qui n’a jamais, jamais dit regretter ? Trente jours de prison, quelques centaines d’heures de travaux communautaires. Et pourquoi une peine si dérisoire ? Parce que le tribunal ne jugeait que de l’intimidation, et non de la conséquence tragique qu’elle a entraînée. Le suicide de Tyler Clementi, je vous le rappelle, est indissociable de son homosexualité, de sorte que son orientation sexuelle est évidemment au cœur de l’affaire, aggravée par le viol de son intimité, filmée, dévoilée à un jeune public qui en a cruellement redemandé. Et pourtant, Ravi n’aura que trente jours de placard, pour crime d’intimidation, pas même pour crime haineux. Le président Obama a pourtant vu l’affaire comme un exemple parfaitement évident — affreusement édifiant — de haine homophobe. J’écoutais la télé, sur CNN, un reportage où on parlait de la sentence, et j’étais renversé, humilié, très en colère au vu et au su de la sanction, qu’une commentatrice évaporée trouvait très bien. Mon copain m’a entendu prononcer quelques gros mots, à l’encontre d’une justice absurde, qui s’aveugle consciemment, volontairement, malgré le sermon apparemment dur et tranchant du juge, prononcé que pour épater la galerie.

Faut-il, si un automobiliste ivre tue un jeune homme gay ( ou n’importe qui d’autre, un Noir, ou un itinérant, ou un malade mental, enfin, vous voyez, une personne d’une de ces minorités pour lesquelles on a le respect collectif si vacillant, ) distinguer l’ivresse au volant de sa conséquence ? Faut-il encore considérer les hommes ( et les femmes ) gays comme des sous-humains, au point de ne juger leur suicide que comme anecdotiques, conséquence malheureuse, mais marginale, du réel problème, du vrai crime celui-là, celui de l’intimidation, perpétrée par un jeune imbécile, Dharum Ravi, qui n’avait rien d’autre à faire que de perdre son temps à s’amuser aux dépens d’une tapette ? Et tiens, à propos, combien de temps, au juste, imposait-on aux Blancs qui intimidaient, jusqu’à les tuer, les Noirs américains dans les années 50, dans cette admirable démocratie morale et chrétienne que sont les États-Unis d’Amérique ?

Violé, méprisé, révélé malgré lui, Tyler Clementi s’est suicidé. Il est mort. Mort. Mais la parodie de justice qui a réglé le sort de son tortionnaire a trahi sa mémoire. Nous serons nombreux, je l’espère, à ne jamais l’oublier.



Post-Scriptum : Le 19 juin 2012, Dharum Ravi a été libéré de prison, après y avoir purgé seulement 20 jours de sa peine... de 30 jours. Il s'est bien conduit, il a travaillé, bref, on lui a donné son congé. Voilà ce qu'il en coûte de violer, de VIOLER l'intimité d'un jeune homme homosexuel, et de l'avoir poussé à la mort. J'ai honte. À l'instant présent où j'écris ces lignes, je déteste l'humanité tout entière, le mépris dans lequel elle nous tient, et sa prétendue normalité.
Source: http://www.huffingtonpost.com/2012/06/19/dharun-ravis-release-jail-served-20-days_n_1608329.html