jeudi 21 mars 2013

FRANÇOIS PERALDI, TOUJOURS EN MÉMOIRE


Il y a exactement 20 ans aujourd'hui décédait M. François Péraldi, psychanalyste, linguiste, auteur, traducteur. Un immense personnage, intellectuel majeur, professeur d'université très couru, homme de coeur et de gauche, hostile à toute forme d'autorité, d'influence, de vedettariat. Si j'ai eu un « maître à penser », ça a été lui. Et pourtant lui ne se voulait ni chef de file, ni gourou. Il avait en horreur, je crois, tout ce qui pouvait établir quelque forme de pouvoir ou de mouvance. Il enseignait, pour le savoir, et pour la liberté. Ce qui me reste de lui, sur le plan des idées, c'est son refus obstiné, qui est devenu le mien, de penser comme les autres, de dire comme les autres, de marcher au pas, en torrents. C'est cet aspect, pyramidal, des réseaux sociaux, que je déteste, ces réseaux verticaux qui prolongent la carrière des «engagés» de toutes sortes, qui ne lisent personne, mais qui veulent être lus. François Péraldi n'aurait jamais «tweeté».

Quelques années après sa mort, un de ses bouquins, Polysexualité, réédité en anglais, aux É.-U., était condamné sur le plancher même du Congrès, ce qui l'aurait beaucoup amusé, s'il l'avait su... 

Ce 21 mars, je me souviens, Dr Péraldi.

vendredi 8 mars 2013

LA DERNIÈRE DES RÉVOLUTIONS BOURGEOISES


Soujourner Truth (1797-1833): féministe et anti-esclavagiste américaine. À propos du courage exemplaire.





En classe, il m'est arrivé souvent de réfléchir avec les étudiantEs sur ce qui avait le plus profondément changé le monde, depuis la Première Guerre mondiale. L'énergie atomique ? L'explosion des communications rapides ? La sortie de l'Homme dans l'espace ? La révolution démographique ? La pensée scientifique, sans dieu, s'imposant comme le nouveau paradigme ? Et ce qui revenait toujours, inévitablement, dans la discussion, c'était l'irréversible marche vers l'égalité des sexes et des genres, une révolution plus importante encore que celle qui avait aboli, au siècle précédent, l'esclavage des populations d'origine africaine. 

Une révolution majeure, oui, pour ce qu'elle est: l'égalité entre les sexes, et le bannissement d'un rapport de force fondé sur la brutalité. Mais on peut déjà douter du changement dans la culture collective (et les structures permanentes) qu'elle a pu (ou pourra) provoquer. Les femmes de pouvoir sont parfaitement identiques, en droite ligne, avec les hommes de pouvoir. Elles deviennent patronnes, propriétaires, et participent pleinement au maintien des inégalités. Elles exploitent les travailleurs, les enfants. Elles franchissent les interdits, et celui même de l'inceste. Elles consentent aux contrôles, et à la répression. De sorte qu'on peut penser qu'il y a encore une autre révolution à faire, celle des femmes s'inscrivant dans la révolution précédente, dans la longue, très longue révolution bourgeoise, propulsée par les révolutions atlantiques. On y songera de plus en plus, j'imagine, quand on cessera de compter combien il y a de femmes à l'Assemblée nationale, et dans le gouvernement, et dans les conseils d'administration, et dans les clubs privés, et dans les quartiers chics des grandes villes. On y songera de plus en plus quand la pleine égalité des sexes sera devenue réalité, une réalité parfaitement intégrée aux réseaux de pouvoirs de plus en plus insupportables pour le plus grand nombre d'entre nous, hommes et femmes.

À cette autre révolution, je n'y crois pas, pas davantage que je ne crois en Dieu, ou en son Paradis. Viendra donc un jour où on féminisera même le mot « tyran ».




mercredi 6 mars 2013

HOMOPHOBIE À LA QUÉBÉCOISE


Cyberpresse, 6 mars 2013


Preuve que les réseaux sociaux peuvent sur tous sujets, et pas seulement sur celui-ci, être épouvantablement médiocres - à gauche comme à droite. Preuve que les hommes et femmes gais restent encore des minorités marginales, qu'on tolère à peine, et à la stricte condition qu'elles se masquent. Preuve que la violence est partout, au point d'alimenter un état d’esprit général, un fait d'opinion qui poussent au suicide de jeunes gens qui voudraient bien avoir, comme premier souci, leurs frais de scolarité. Preuve, finalement, que malgré les apparences, on ne vaut guère mieux que la France ou les États-Unis sur cette question, cruciale, essentielle, de l'ouverture aux autres, et de leur pleine acceptation. J'ai honte de mes compatriotes. Et j'aurais envie d'écrire: je ne veux plus rien savoir, rien, de ce qui fait prétendument la «vertu» des combats de rues des vrais hommes. Dégoût.






mercredi 13 février 2013

LA RÉVOLUTION TRANQUILLE N'EST PAS TERMINÉE


Jacques Parizeau, premier ministre, à l'Assemblée nationale du Québec



- Pendant plus de 20 ans, la société québécoise a fonctionné sur la base d’une gratuité scolaire qui, éventuellement, devait venir quand les frais de scolarité ne devaient plus représenter grand-chose, à cause de l’inflation. Que des jeunes d’aujourd’hui veuillent discuter de ça, eh bien, il y a toute une génération qui a pensé la même chose. Ils ne sont pas hors-norme, ils ne sont pas hors d’ordre. C’est ridicule de les envoyer paître [ à cause du... ] déficit zéro [qui] bousille tout. À partir du moment où vous fixez l’objectif zéro [en France, entendez l'austérité de droite, la rigueur de gauche,] pour une date butoir et que ça devient une religion, vous cessez de réfléchir. On coupe partout, on ne se pose pas de questions... [Et pourtant...] c’est certain que la contribution des entreprises doit être augmentée. [...] Par exemple, voulez-vous bien me dire pourquoi on a enlevé la taxe sur le capital au Québec ? Qu’est-ce que ça a donné ? [...] [P]our les banques, ça ne crée pas une job. Tout ce que ça fait, c’est transférer de l’argent des contribuables aux actionnaires. 
Jacques Parizeau, ancien premier ministre du Québec, en entrevue au journal Le Devoir, le 12 février 2013.


J'aime M. Parizeau. Il a été le plus décolonisé, le plus libre de nos premiers ministres. Je me rappelle quand il a démissionné: des éditoriaux disaient de lui qu'il n’aura été, à tout prendre, qu’un petit, qu’un microscopique premier ministre. Et il s'en est trouvé, nombreux, pour faire la fine bouche, et même la grimace: quel raciste, quand même, que ce vieil alcoolique ! On marchait dessus, avec plaisir, comme on piétine un drapeau honni, et la conscience nette avec ça: « plus jamais de ma vie je n'allais voter Oui » à une souveraineté aussi vulgairement ethnique, disait encore tout récemment Line Beauchamps. Richard Desjardins lui-même, de France, et très suffisant, s'était permis en 1995 de sermonner Parizeau. Et voilà que M. Parizeau parle, et parle encore, et critique sévèrement la responsabilité des gens de la finance pour la crise de 2008, et la pauvreté dévastatrice qu'elle a créée. Et voilà que M. Parizeau soutient, sans rompre avec le Parti québécois, les convictions indépendantistes de M. Jean-Martin Aussant, « avant, pendant et après » les élections générales. Et voilà que M. Parizeau critique l'obsession du déficit Zéro de l’actuel gouvernement du Québec, et explique que la gratuité scolaire se financerait facilement par une taxation plus équitable sur les profits (scandaleux) des banques. Et là, c'est le concert, magique, à gauche, et chez tous les progressistes bien-pensants: quel homme, quand même, ce Parizeau, et on les lui passe bien, désormais, ses propos sur « l'argent et les votes ethniques », premiers responsables de la défaite référendaire de 1995, à l’opposé d’un « nous » francophone qui a voté Oui, pour l'indépendance nationale, à plus de 60%. J'aime M. Parizeau. Je n'ai jamais cessé de l'aimer beaucoup. Mais ça me fait rigoler (et ça me dégoûte un peu, très franchement) de lire, de voir et d’entendre celles et ceux qui l'ont démonisé, à jamais, et qui ont fait un tort irréparable à l'indépendantisme québécois en lepenisant M. Parizeau, son discours de défaite référendaire, et tout le mouvement indépendantiste avec lui, le monter aux nues, aujourd'hui, et le dire des « nôtres », parce que M. Parizeau soutient la Cause des gens qui se flattent de morale, et se prétendent les seuls justes et bons. 









mardi 12 février 2013

QUAND NAPOLÉON S’EST ÉMERVEILLÉ DU SACRE DE NAPOLÉON


Source: Google Images



Tout le monde connaît le « Sacre de Napoléon » : l’immensité de la toile y fait pour beaucoup (les personnages sont peints grandeur nature), et la célébrité de l’acteur jouant le premier rôle (l’Empereur, et non le pape !) fait le reste pour assurer la renommée du tableau de David. La toile est une des plus courues, au Louvre. Les visiteurs se massent devant l’œuvre, presque en aussi grand nombre que pour La Joconde : on s’assoit, on contemple, on s’étonne, on discute, on croit tout savoir - on entend de partout des inepties, sur la mégalomanie du personnage qui se prenait pour un autre…

Je connais bien l’époque napoléonienne. Mais je ne savais que peu de choses de la peinture qui a immortalisé le couronnement de Napoléon et de Joséphine. Je me souviens avoir lu (réalité ? légende ?) que l’impératrice, redoutant le divorce, et voulant s’installer dans la légende de son mari à tel point qu’elle ne puisse, jamais, disparaître du portrait, aurait suggéré au peintre, fortement, de manière à ce qu’il comprenne bien qu’il ne pouvait faire autrement, de la placer, elle, au centre de l’action, de sorte que ce soit son couronnement qui s’inscrive dans les mémoires, et s’enracine dans la postérité. Ce n’est pas impossible que Joséphine ait exercé ce genre d’incitation appuyée : la petite histoire assure que l’Empereur aurait, au premier coup d’œil jeté sur la toile, tout de suite vu la tactique, aurait protesté, un peu, pour la forme, mais que faire quand le travail du peintre est terminé ? Je ne savais donc que peu de choses de cette toile fameuse, jusqu’à la nuit dernière, alors que je lisais les Mémoires de Constant, premier valet de chambre de Napoléon – Constant qui va laver, raser (un temps, jusqu’à ce que Napoléon cesse de se couper !), habiller, tourner autour de Napoléon, jour après jour, et tout entendre, tout voir, de ce qu’on dit à son maître, de ce qu’on lui montre, dans son intimité, partout en Europe. En janvier 1808, Napoléon est à Paris. Constant raconte, en quelques pages, une visite que l’Empereur et l’impératrice font à l’atelier de Jacques-Louis David. Ils viennent d’apprendre que le tableau du Sacre est tout juste terminé. Napoléon va le voir pour la première fois. Constant est du groupe qui suit l’Empereur. Il entend, il regarde, fait le récit d’une rencontre exceptionnelle, celle de Napoléon et de l’œuvre de David qui, mieux que le pape n'a pu le faire, le sacre véritablement, et à jamais, empereur des Français :

« Quelques jours seulement après leur arrivée, Leurs Majestés l'Empereur et l'impératrice allèrent visiter le célèbre David, dans son atelier de la Sorbonne; afin de voir le magnifique  tableau du Couronnement, qui venait d'être achevé. La suite de Leurs Majestés se composait de M. le maréchal Bessières, d'un aide de camp de l'Empereur, M. Lebrun, de plusieurs dames du palais et chambellans. L'Empereur et l'impératrice admirèrent longtemps cette belle composition, qui réunissait tous les genres de mérite; et le peintre était tout glorieux d'entendre Sa Majesté nommer l'un après l'autre tous les principaux personnages du tableau, dont la ressemblance était vraiment miraculeuse. « Que c'est grand! disait l'empereur, que c'est beau! quel relief ont tous les objets! quelle vérité! Ce n'est pas une peinture, on marche dans ce tableau. » Et d'abord, ses regards s'étant fixés sur la grande tribune du milieu, l'Empereur reconnut Madame Mère, le général Beaumont, M. de Cossé, M. de La Ville, madame de Fontanges et madame Soult: « Je vois plus loin, dit-il, le bon M. Vien. » M. David répondit: « Oui, Sire, j'ai voulu rendre hommage à mon illustre maître, en le plaçant dans un tableau qui sera, par son objet, le plus important de mes ouvrages. » L'impératrice prit ensuite la parole pour faire remarquer à l'empereur avec quel bonheur M. David avait saisi et rendu le moment intéressant où l'empereur est prêt à la couronner: « Oui, dit Sa Majesté en regardant avec un plaisir qu'elle ne cherchait point à déguiser, le moment est bien choisi, l'action est parfaitement indiquée; les deux figures sont très bien; » et en parlant ainsi, l'Empereur regardait l'impératrice.

Sa Majesté, poursuivant l'examen du tableau dans tous ses détails, loua principalement le groupe du clergé italien près de l'autel, épisode inventé par le peintre. Elle parut désirer seulement de voir le pape représenté dans une action plus directe, paraissant donner sa bénédiction, et que l'anneau de l'impératrice fût porté par le cardinal légat.

À propos de ce groupe, le maréchal Bessières fit beaucoup rire Sa Majesté, en lui rappelant la discussion fort amusante qui avait eu lieu entre David et le cardinal Caprara.

On sait que le grand artiste avait de l'aversion pour les figures habillées, surtout habillées à la moderne. On remarque dans toutes ses compositions, un goût si prononcé pour l'antique, qu'il se glisse jusque dans sa manière de draper les personnages vivants. Or, le cardinal Caprara, l'un des assistants du pape à la cérémonie du couronnement, portait perruque. David l'ayant placé dans son tableau, jugea convenable de lui ôter sa perruque et de le représenter tête chauve, du reste, parfaitement ressemblant. Le cardinal, désolé, supplia l'artiste de lui rendre sa perruque; il essuya de la part de David un refus formel. « Jamais, lui dit-il, je n'avilirai mes pinceaux jusqu'à peindre une perruque. » Son éminence alla tout en colère, se plaindre à M. de Talleyrand, qui était à cette époque ministre des Affaires étrangères, donnant entre autres raisons, celle-ci, qui lui paraissait sans réplique, que jamais pape n'ayant porté de perruque, on ne manquerait pas de supposer à lui, cardinal Caprara, l'intention de prétendre à la chaire pontificale en cas de vacance, intention bien clairement indiquée par la suppression de sa perruque dans le tableau du couronnement. Son éminence eut beau faire, David ne voulut jamais consentir à lui restituer sa précieuse perruque, disant qu'elle devait se croire très heureuse de ce qu'il ne lui avait ôté que cela.

Après avoir entendu le récit dont les détails lui furent confirmés par le principal acteur de la scène, Sa Majesté fit encore à M. David quelques observations, en prenant tous les ménagements possibles. Elles furent écoutées attentivement par cet artiste admirable, qui, en s'inclinant, promit à l'empereur de profiter de ses avis.

La visite de Leurs Majestés fut longue. Le jour qui baissait, avertit enfin l'empereur qu'il était temps de s'en aller. Il fut reconduit par M. David jusqu'à la porte de l'atelier. Là, s'arrêtant tout court, l'empereur ôta son chapeau, et par un salut plein de grâce, témoigna l'honneur qu'il rendait à un talent si distingué. L'impératrice ajouta à la vive émotion dont M. David paraissait agité, par quelques-uns de ces mots charmants qu'elle savait si bien dire et placer si à propos.

En face du tableau du Couronnement était exposé celui des Sabines. L'empereur, qui s'était aperçu de l'envie qu'avait M. David de s'en défaire, donna l'ordre en s'en allant à M. Lebrun de voir si ce tableau ne pouvait point être placé convenablement dans le grand cabinet des Tuileries. Mais il changea bientôt d'idée, en songeant que la plupart des personnages étaient représentés in naturalibus, ce qui eût assez mal figuré dans un cabinet consacré aux grandes réceptions diplomatiques, et dans lequel s'assemblait ordinairement le conseil des ministres. » 

Au moment où il écrit ses Mémoires, Constant a peut-être entendu des rumeurs: mais il ne peut savoir avec certitude si Joséphine a de fait comploté avec David. Napoléon l’a-t-il deviné ? Il semble avoir été émerveillé, avoir trouvé tout bien du travail colossal de David, y compris le « moment intéressant » privilégié par l’artiste, s’être attendri de la fragilité (et de l’audace possible) de sa femme, et chose surprenante, contraire à tout ce qu’on affirme si souvent, avoir déploré que le pape ait si peu de choses à faire dans cette cérémonie d’abord et avant tout religieuse ! L’époque est au classicisme gréco-romain, c’est le style dans lequel Napoléon veut se reconnaître. Il a pris de longues heures pour admirer le travail d’un « talent si distingué ». Il s’est incliné devant l’artiste, un des plus brillants témoins de la Révolution. 

Je ne sais pas s’il existe d’autres récits détaillés de ce face à face extraordinaire. Ce que je sais, par contre, c’est que ce spectacle du Sacre de Napoléon, figé, rigide, étonnamment parfait, n’a rien fait pour changer la nature de l’Empereur, essentiellement romantique, et je crois bien, par d’autres de ses œuvres, que David lui-même l’avait parfaitement compris. 



Napoléon en 1808, par David








dimanche 3 février 2013

POURQUOI JE NE SUIS PAS MARXISTE: UN PETIT ESSAI





Deux cartes postales étonnantes, fascinantes, puisqu'elles montrent des bâtiments, superbes, et qui n'existent évidemment plus: les pavillons allemand et soviétique, construits pour l'Exposition universelle de Paris de 1937. Les deux pavillons se faisaient face, se regardaient avec hostilité, peut-être parce qu'ils se miraient l'un l'autre d'une manière un peu trop significative... Le pavillon allemand était une création d'Albert Speer. Le soviétique, de Boris Iofane. 

On a l'habitude, depuis l'effondrement de l'URSS, et surtout depuis la reconnaissance de la barbarie concentrationnaire soviétique, de renvoyer dos à dos les deux totalitarismes, le nazisme et le communisme. J'ai toujours eu des doutes «philosophiques» (ou théoriques) sur cette question. Faut-il, comme Robespierre, considérer la «terreur» comme acceptable, voire même nécessaire, si elle est guidée par la «vertu» - entendons, l'incorruptibilité des gens de pouvoir et leur dévouement, inflexible, pour l'égalité sociale ? Autrement dit, le goulag soviétique vaut-il moralement mieux que le camp de concentration hitlérien ? 

Il me semble encore que l'expérience nazie a été et reste l'horreur absolue, et presque le mal en soi, si l'on pouvait, en Histoire, se permettre d'énoncer ce type de jugement moral. C'est tout de même ce que pensait, du nazisme, le président Roosevelt, qui refusera sans cesse, et radicalement, de considérer l'avantage obscène qu'il aurait pu tirer d'une alliance circonstancielle avec l'Allemagne hitlérienne contre l'URSS. Ni Churchill ni de Gaulle n'ont raisonné différemment. Durant la Seconde Guerre mondiale, Staline s'est constamment méfié de ses alliés capitalistes, à tort. Il faut dire qu'il les a aussi trompés, joyeusement, cyniquement, sur ce qu'il faisait expérimenter, au loin, au froid, à ses opposants, souvent parfaitement imaginés. En fait, le projet révolutionnaire soviétique avait la cote, à l'époque, c'est pour le moins: depuis 1929, il était devenu difficile de défendre la liberté absolue du capital (et la «liberté du pauvre»), quand, à Washington même, le président Hoover faisait tirer sur d'anciens combattants de la Grande Guerre, installés en ville dans des campements de fortune, et qui réclamaient l'aide urgente du gouvernement fédéral: l'armée américaine avait fait feu sur ces indignés, en 1932. Roosevelt savait, se souvenait, tout comme il connaissait la virulence avec laquelle la grande bourgeoisie pouvait résister aux réformes sociales qu'il projetait pour «civiliser» le capitalisme. Au milieu des années 40, la critique des idéaux sociaux portés par le communisme était en conséquence plutôt molle. Ses méthodes de gouvernement, facilement excusées.

L'élite nazie était parfaitement au fait de ce que la défaite signifierait pour elle, et de ce qu'elle aurait à expliquer, du crime de guerre et du crime contre l'humanité qu'elle avait perpétrés et motivés.  Mais les goulags ? Mais les déportations de populations civiles ? Mais la construction du socialisme, financé par l'exploitation de masse des paysans, jusqu'à provoquer, à force de prélèvements, des famines atroces ? Robespierre aurait-il vu là des pratiques acceptables, («vertueuses»), contre les profiteurs d'un système capitaliste incontestablement violent, contre les corrupteurs d'une cause, le socialisme, à même d'excuser tous les sacrifices ? Je doute que les dirigeants soviétiques aient jamais imaginé pouvoir être traînés devant un tribunal international, malgré ce qu'a révélé le célèbre rapport du Premier secrétaire Khrouchtchev, au XXe Congrès du parti communiste, en 1956. Le rapport dénonçait les «crimes de Staline», et de lui seul, sans jamais mettre en cause l'idéologie marxiste elle-même. Rosa Luxembourg ne l'avait pas fait davantage, quand elle avait vertement critiqué, en 1918, le stratagème discutable, lourd de conséquences, avec lequel Lénine s'était emparé du pouvoir en Russie. C'était le coup d'État d'octobre 1917 qui était coupable, mais certainement pas le mobile social qui le justifiait. C'était, en toute logique, Staline seul qui allait par la suite être l'unique coupable de dérives déplorables... Il s'en trouve pour le croire encore. Pourquoi ? Comment expliquer ?

Je ne suis pas marxiste; je ne l'ai jamais été. Je ne peux pas croire en quelque finalité que ce soit, et pour moi, une finalité matérialiste reste une mystique, en tant que telle dangereuse, comme le sont toutes les religions. Le communisme intégral, l'homme pleinement responsable, c'est de l'opium particulièrement épuré. Mais parce qu'il se soucie de l'immense majorité des êtres humains et des plus exploités parmi eux, de leurs besoins indispensables, de leur épanouissement, et de leur bonheur, le marxisme, comme toute autre religion, a cette noblesse spirituelle (d'autres diront: morale) qui gênera, toujours, la critique impitoyable de l'expérience communiste, et empêchera l'amalgame avec le double terrible à qui il a montré la méthode, bien simple, pour gouverner avec une effroyable efficacité.




Paris, Trocadéro: les deux pavillons, face à face. Source: Google Images









mercredi 23 janvier 2013

THE BATHHOUSE (DÜRER)



The Men Bathhouse: Dürer, 1498


J’ai déjà dit sur ce blogue l’admiration que j’ai pour Albrecht Dürer. Je ne connaissais pas cette gravure, qui vient tout juste de me tomber sous les yeux. (Elle a été vendue il y a peu chez Christie' s.) Ce qui me bouleverse, chez Dürer, depuis toujours, c’est la mélancolie (l’angoisse narcissique, le délire religieux, la folie hallucinée) qui marque toute son œuvre. Mais le moins que je puisse dire, c’est que cette remarquable gravure sur bois ne donne pas précisément dans l’humeur noire: le désir homosexuel  est flagrant, une impatience qui n’ose pourtant pas encore toucher, mais qui se gaspille dans le plaisir de boire, de jouer, d’écouter, de séduire... Cette gravure me rappelle, dans un style bien sûr tout différent, le dessin explicite d’innombrables poteries grecques classiques qui ne laissent guère de doute sur ce qui se passait, à l’ombre, durant certains moments d’intimité masculine... Dans l'oeuvre de Dürer, les hommes perdent leur temps, et probablement  leurs douces espérances... Dürer homosexuel ? On l’a écrit, souvent. Probablement en a-t-il (lui aussi) souffert, privé de ce qu’il a à peine codé dans cette œuvre exceptionnelle. Mais bien franchement, je n’en sais rien de plus: je projette, j'imagine...





samedi 19 janvier 2013

SO THAT'S WHY I'M NOT GAY - AARON SWARTZ


Source: Google Images



Aaron H. Swartz s'est suicidé le 11 janvier dernier, le lendemain même du jour où je publiais, sur ce blogue, l'article intitulé « L'homosexualité est un crime contre l'Humanité ». Il avait 26 ans.

Je ne connaissais que très peu Aaron Swartz, et que de réputation, évidemment. Je le savais militant pour la liberté d'Internet, et la libre circulation du savoir en ligne, au plus faible coût possible; je le savais inventeur, concepteur, et brillant informaticien; je le savais poursuivi en justice pour un acte de piraterie informatique que, lui, percevait comme une rébellion militante, comme le geste d'un battant.

Sa famille accuse les excès de procédure d'être responsables de son suicide. Certains de ses proches rappellent cependant une détresse, constante, qui l'aurait ravagé jusqu'à l'anéantir.

Détresse ? Et si ce jeune homme avait souffert d'homosexualité ? 

Le 8 septembre 2009, il signait, sur son blogue, un billet qu'il a intitulé «Why I am not gay» : simple, calme et transparent. Son texte, sur une question aussi intime, et quoi qu'il prétende, en est un d'activiste solitaire; l'analyse est sans amertume apparente, et sans souffrance; mais de fait, elle ne se sépare en rien des autres engagements sociaux de Swartz; elle propose l'interprétation la plus indépendante possible, et qui va de soi, à ses préférences sexuelles. Il n'y a pas, écrit Swartz, d'identité gay. Il n'y a que des actes, des instants de libre choix, des moments de bonheur. 

Je ne suis pas sûr de ses arguments. Je ne suis pas même certain qu'il n'ait pas considéré, à contrario, son militantisme comme faisant partie intégrante de son identité, et non pas comme une simple succession d'actes sensés, posés par libre choix. Peut-être Aaron Swartz souffrait-il de son homosexualité. Peut-être au point d'en mourir. Son plaidoyer, libre et magnifique, doit pourtant être lu: c'est le texte d'un jeune homme qui s'est renseigné, c'est évident, et qui comprend parfaitement bien ce qu'il a fallu dire et faire, avant lui et par d'autres, pour s'assurer d'être libre de sa vie; pourtant c'est un manifeste qui dénonce l'instrumentalisation d'une identité gay qui n'existerait pas en dehors du fantasme protecteur qu'il procure. I'm not born this way, no way... C'est un texte sur la vie qui désire.

Aaron Swartz est resté libre de ses actes. Il s'est donné la mort. Et c'est précisément cette mort qui remet en question, radicalement en question, la conviction qu'il avait de n'être, lui, déterminé par aucune identité, et de ne s'être laissé librement guider que par des actes de joie, isolés les uns des autres, et vécus en toute quiétude. On peut raisonnablement en douter.





Adresse du blogue: http://www.aaronsw.com/weblog/





jeudi 10 janvier 2013

L'HOMOSEXUALITÉ EST UN CRIME CONTRE L'HUMANITÉ






Je viens tout juste de regarder cette vidéo, tirée d’une émission de la télé camerounaise, et opposant la militante des droits de la personne, Alice Nkom, à un représentant de la jeunesse du Cameroun. C'est Rue89 qui, dans son édition du 9 janvier, fait référence à cette vidéo, à propos de meurtres homophobes, commis, semble-t-il, dans la joie. Je connais un tout petit peu Me Nkom; je l’ai déjà rencontrée. J’en ai parlé ici, sur ce blogue: c’était au mois d’août 2011. Elle était la présidente d’honneur des Festivités de la Fierté — pour mes amis français, la Gay Pride de Montréal.

Me Nkom mène un combat qui l’expose aux pires dangers. On le comprend d’autant mieux que dans cette vidéo, son contradicteur lui assène, sans rire du tout, que l’homosexualité est un crime contre l’humanité, et que la Déclaration universelle des droits de l’homme est un produit du seul Occident, immoral, décadent, mais en position de force pour imposer — temporairement — ses valeurs. Et que penser d’Obama, maintenant, qui prône l’égalité de tous devant le mariage ? Il se trompe; il se déshonore; qu’il reste chez lui. 

Je suis doublement interpellé. Je suis occidental, et je suis gay. Et je me demande, fatalement, je doute, je m’interroge, vous savez, comme à la confesse, dans le temps: est-ce que je dois me sentir coupable d’être occidental ? Est-ce que je dois reconnaître une valeur partielle, circonstancielle, et géographiquement variable, à la Déclaration universelle des droits de l’homme ? Est-ce qu’il y a des accommodements raisonnables et nécessaires qui doivent être acceptés, quant à l’application de la Déclaration, au point de vue de certaines parties du monde ?

Ce sont des questions très complexes. Mais si on doit répondre par l’affirmative à ces questions, parce qu’on est progressiste, par exemple, antiraciste, et de cette gauche puritaine que j’exècre, je ne sais plus dès lors si je suis digne de quoi que ce soit, et j’ignore dorénavant si le Droit, à défaut d’humanisme, me protège intégralement; me faut-il alors m’accuser, et me reconnaître comme un criminel contre l’humanité, un décadent, et un pervers, du reste qu’en sursis, puisque l’Occident, impérialiste, sera tôt ou tard vaincu, et que la morale naturelle sera de ce fait rétablie ? Est-ce que le concept de loi commune pour tous et toutes a encore un sens, maintenant, pas dans dix ans, pas dans cent ans, mais maintenant, partout sur terre ? Est-ce j’ai raison de croire que la loi est d’autant plus commune à tous et toutes qu’elle doit protéger les minorités ? Peut-on se permettre de croire qu’il y a une loi commune pour l’humanité tout entière, avant même de pouvoir parler de crime contre l’humanité ?

Parfois, parfois, j’en ai vraiment assez d’être un sous-homme. Parfois, j’en ai vraiment assez de faire honte, et d’avoir honte. Parfois, j’en ai vraiment assez de tous ces hypocrites défenseurs de la justice internationale, et du respect des civilisations, qui ne diraient pas un mot, pas un seul mot, pour s’insurger qu’il y ait encore, sur cette terre, des partisans avoués d’espèces supérieures, de genre et d’orientation, qui soient à protéger contre ces animaux corrupteurs que sont les hommes et les femmes gaies. Parfois, j’en ai vraiment assez.


PS (du 11 janvier 2013)
À un ami qui s'inquiétait que je me fasse du mal, à force de me mortifier, de prendre trop à coeur, j'ai répondu ce qui suit:


« Mon ami, je vais bien, t'en fais pas pour ma santé mentale ! Je suis en amour, et je vis dans une société où ma sécurité, tout comme mes droits, est encore à peu près équitablement protégée. 

Je ne me fais donc pas souffrir, mais je souffre pour de vrai, je suis humilié pour de vrai, quand je lis qu'il y a encore des emprisonnements, de la torture, de la violence sociale, des meurtres et des condamnations à mort pour homosexualité. Je souffre pour de vrai quand j'entends un homme dire que je participe (bien malgré moi, parce que je n'ai pas choisi ce que je suis,) à un crime contre l'humanité. Je souffre pour de vrai quand je constate l'indifférence générale face à la violence faite aux personnes gaies, si je compare, par exemple, à la violence faite aux femmes, qui elle, scandalise, avec raison du reste. 

Je ne suis pas surpris que personne, ou à-peu-près, n'aient réagi à mon texte, sur Facebook, ou directement sur mon blogue. Ça reste un sujet embarrassant, honteux, qu'on préfère ne pas voir.

Et puis, surtout, il y a cette question du droit international, de la Déclaration universelle des droits, et du Protocole qui l'opérationnalise - qui est contraignant, théoriquement, pour les pays membres de l'ONU. J'ai, comme beaucoup, cru au travail du temps. J'ai cru au respect des cultures, des croyances et des civilisations. J'ai cru qu'il ne fallait pas que nos droits, à nous occidentaux, soient brandis comme des instruments d'impérialisme nouveau genre à l'endroit des pays en voie de développement durable. Et puis, voilà que j'écoute cet hurluberlu qui parle de crime contre l'humanité, et qui justifie sa haine par le rejet d'une Déclaration universelle qui ne serait que le produit de l'occident et de ses «valeurs». Et je sais bien qu'il y a, ici, chez nous, au Québec, des militants de gauche qui pensent la même chose, et qui opposent à la défense universelle des droits égaux pour tous le même argument «anti-impérialiste» que ce monsieur camerounais. Ça m'a heurté, scandalisé. Ça a été, pour moi, un moment de rupture idéologique. Et je pose à nouveau la question essentielle: combien de morts, d'emprisonnements, de torture, de discrimination faut-il encore endurer, et pour combien de temps, dix ans, cent ans, avant que la déclaration des droits ait un sens réel pour tous et toutes, partout sur la terre entière ? Me Nkom est engagée mondialement dans la lutte pour l'égalité. Elle a l'appui (entre autres!) d'Hillary Clinton. En écrivant mon billet, je fais ce que je peux, de loin, pour l'appuyer. On sait jamais, ça peut, peut-être, aider. »



lundi 31 décembre 2012

Les dix événements hallucinants (et mémorables) de l’année 2012 !


(Photos choisies parmi celles offertes par Google Images)

1.
Le 4 septembre, un monsieur décide de s’en prendre, sans raison aucune, à la malheureuse porte arrière du Métropolis, porte que, pour d’obscures raisons, il estime dangereuse pour les Anglais. Le monsieur a l’arme et le feu à la main. Un technicien de scène meurt, un autre est lourdement blessé. Par un incroyable hasard, Madame Pauline Marois se trouve sur place, sur la scène même du Métropolis, tout près de la porte maudite et anathémisée. (L’infâme PQ est capable de tout, même d’un hasard aussi perfide. À TLMEP, Mme Marois en prétendra de bien bonnes, sur cette «affaire».) Quant au monsieur qui n’aime pas les portes arrière, il se lance dans une carrière de journaliste expert, et commente avec succès, et en direct s’il vous plait, la formation du nouveau gouvernement. 

2. 
Le Journal de Québec découvre qu’un vrai pauvre est membre du Cabinet de l’infâme PQ, et dévoile le scandale à son lectorat ahuri. Le pauvre ne payait pas toujours son loyer à temps, et avait quelques créances (sans compter son immense crédibilité, évidemment sans importance dans l'affaire.) Le pauvre aurait bu du vin. Le pauvre aurait même magouillé avec l’assurance-emploi, pour éviter de crever de faim. Mme Françoise David, que d’aucuns surnomment la Madone de Gouin, aime certes les pauvres, mais de loin, et surtout pas au Salon de la Race. Elle demande donc au pauvre en question de réfléchir à un avenir qu’il n’a plus. Dépité, le pauvre démissionne, et s’excuse d’avoir été pauvre. De toute l’«affaire du pauvre Breton», c’est le socialisme à la québécoise qui en sort moralement grandi, et qui a désormais de l’avenir.

3. 
Monsieur Gabriel Nadeau-Dubois, séduisant jeune homme, mais pauvre lui aussi, n’a pas pu, tout comme le pauvre mentionné dans la précédente rubrique, payer un loyer mensuel écrasant, dont les termes revenaient affreusement vite. Tombée sous le charme irrésistible du jeune homme, comme l’était du reste tout le Québec - hormis le proprio de GND, Mme Françoise David, qui aime bien les pauvres quand ils sont propres de leur personne, et si mignons qu’ils donnent envie d’être charitables, a invité M. Nadeau-Dubois à joindre les rangs de Québec Solidaire, pour contrebalancer l’autre, là, à la beauté fade et régionale, qui a rejoint les rangs de l’infâme PQ. 

4. 
En promettant de n’être ni de gauche ni de droite, ni fédéraliste ni souverainiste, ni libéral ni péquiste, ni obèse ni maigrichon, en fait de n’être ni pour ni contre bien au contraire, M. François Legault renouvelle en profondeur la pensée politique au Québec; pour parachever le travail, il s’inspire d’études secrètes qu’il lit seul, en toute discrétion, et s’adjoint, sans rien lui en expliquer, Monsieur Gérard Deltell, qui, lui, se charge de dénoncer les manigances secrètes de l’infâme PQ. Malgré cet effort intellectuel exceptionnel, les Québécois restent insensibles aux charmes du bon Dr Pillsbury - mais c’est dans l’enthousiasme qu’ils élisent La Source, qui sait tout, et peine à retenir le moindre secret.

5. 
Le projet d’indépendance du Québec fait d’incontestables progrès, puisqu’il y a trois partis politiques, désormais, pour en faire la promotion. L’infâme PQ est souverainiste-si-possible-quand-ça-conviendra-un-jour-peut-être-faut-pas-virer-fou-ça-va-être-difficile; Option Nationale est indépendantiste-sans-gouvernance-souverainiste-et-sans-obsession-référendaire-juste-un-vote-ça-suffit-amplement-d’ailleurs-je-suis-le-meilleur; Québec Solidaire est souverainiste-puisque-la-gauche-l’est-majoritairement-mais-non-exclusivement-de-sorte-que-ça-pourrait-changer-à-preuve-on-a-crissé-dehors-Gilles-Duceppe. Pas de doute possible, l’indépendance, c’est pour demain. Il ne faut pas cesser pour autant de dénoncer l’infâme PQ qui entrave l’exercice démocratique, et paralyse la liberté du vote, en obligeant, bouncers à l’appui, les souverainistes terrifiés à voter pour lui.

6. 
Ce n’était pas une erreur de Bernard Derome, ni un défaut de rigueur dont TVA et sa Poule (aux oeufs d’or) ont toujours fait preuve à chaque bulletin de nouvelles; non, non, c’était bien vrai cette fois-ci: Monsieur Jean Charest a été battu dans sa circonscription électorale de Sherbrooke ! Seul élément déplorable dans l’affaire: c’est un infâme péquiste, pire encore un ancien bloquiste, qui l’a défait. La population de Sherbrooke a (de toute évidence) été trompée, illusionnée. On voit ce que donne l’absence de réforme du mode de scrutin: un scrutin vieillot, un vieux péquiste, c’est clair comme un vieux gin.

7. 
Le NPD est resté silencieux durant toute la crise pré-révolutionnaire du printemps érable. À celles et ceux qui s’étonnaient de la chose, on leur répondait ce que tout indépendantiste devrait savoir et respecter comme étant l’idéal constitutionnel allant de soi: il y a un partage des pouvoirs dans ce pays, (le Canada), et le NPD ne faisait qu’honorer la rigidité de ce partage des attributions. Voilà enfin l’expression d’une authentique observance des compétences constitutionnelles partielles et limitées du Québec: voilà enfin ce qu’est pour de vrai l’indépendance du Québec. Finie, la confusion ! L’indépendance des pouvoirs provinciaux, sans se séparer ! Il n’y a bien que l’infâme PQ pour ne rien comprendre à cette logique fondamentale. 

8. 
M. Stephen Harper rénove le Canada de fond en comble, d’une mer verdâtre à l’autre: la monarchie est ainsi redorée, l’armée est gratifiée d’armes flambant neuves, et tant qu’à faire, la population canadienne l’est aussi, (fini le registre des armes à feu, et Justin Trudeau est bien d’accord, faut ce qu’il faut quand on parle de culture canadienne), l’ONU est eunuquisée, Israël est sauvegardé, les réfugiés sont pourchassés, Kyoto est déchiré, (y’a pas de pauvre dans le gouvernement du Canada !), la torture est réhabilitée, et bientôt la sainte Inquisition sera de nouveau pratiquée, l’Église restant le meilleur moyen, comme chacun sait, pour lutter contre la pédophilie et autres perversions. Pendant ce temps, au Québec, on oublie ces détails infimes, que seuls des esprits tordus peuvent trouver lourds de conséquence, et on se concentre sur le vrai combat, la lutte contre l’infâme PQ. 

9. 
Jamais l’égalité entre les hommes et les femmes n’a été illustrée avec autant de justesse et de précision qu’en cette année 2012, où l’on a pu voir la désormais célèbre matricule 728 prouver, hors de tout doute raisonnable, qu’une faible femme, comme l’écrivait naguère Simone de Beauvoir, n’est que le produit de son éducation ratatinée: si l’éducation change, si le cou se redresse et le manche se relève, la femme change si irréversiblement, que c’en est colossal; à formation égale, une femme peut avoir les muscles d’un homme, sa cervelle, sa culture, son efficacité, son langage même. C’est un désastre. 2012 aura prouvé que le discours féministe, longtemps angélique, qui rêvait d’un monde de justice et de paix gouverné par des femmes, se trompait tragiquement: une femme éduquée en toute égalité, ça «varge»* comme un homme, ça délire comme un homme, ça guerroie comme un homme. Napoléone est née, Hitlérina prendra bientôt la relève. Écrasons l’infâme (PQ) !

10. 
Mado Lamothe est dans la courte liste des personnalités de l’année du journal le plus neutre et le plus objectif qui soit, The Gazette bien sûr. (On feint, ici, d’ignorer l’hebdomadaire Voir. J’y ai des amis FB !) Un choix qui ne peut que plaire, dans certains milieux conservateurs, Mado s’étant plusieurs fois proclamée reine de Montréal. Un pas de plus, et elle se couronnera elle-même, sous les voutes de Notre-Dame, là même où Céline s’est jadis mariée au Prince en personne. Mado se retrouve dans la même courte liste que Justin Trudeau - autre clown emblématique de Montréal. Qui ne dit mot consent, j’imagine, et Mado n’a pas protesté, bien au contraire: loin d’en être malade, on l’a plutôt vue, sur Facebook, s’en réjouir ! C’est fou, ce que ça rapporte, être reine, à Montréal. À elle seule, ou presque, Mado corrige les conséquences économiques désastreuses qui suivent, fatalement, l’élection de l’infâme PQ. Vive Mado ! Vive la reine ! Vive Lise Thibault ! Vive le cognac à gogo !

Oh, et à propos, ne vous en faites pas pour 2013: Madame Marois a compris, allez !


* Pour le bénéfice de mes lecteurs français, «varger» signifie frapper, mais avec plaisir et jouissance. Jadis un privilège masculin, varger à coups redoublés est désormais un délice partagé 50/50. La justice, il n’y a que ça de vrai.