Je rentrais ce
soir, à pied, d’un copain, où j'avais regardé l'élection américaine à la télé,
sur CNN ; remontant la rue Amherst, j'ai vu ceci, tout juste installé par
les cols bleus de la ville: normalement, je déteste ça, ces fausses dorures,
ces rues qui scintillent comme des églises (ou des casinos) dédiées aux gens très pauvres, comme
des musées consacrés à la culture des objets pop. Mais là, même si ces
décorations ne sont que du toc, je trouvais ça beau. C'était romantique à
souhait que de voir cette lumière percer et colorer le vif de la nuit.
Immédiatement après, rentrant chez moi, j'ai écouté le discours du président
Obama, tout juste réélu: magnifique, superbe, reprenant parfois, presque mot
pour mot, les paroles les plus audacieuses de son allocution de novembre 2008,
parlant de tous et de toutes, de la somme des différences qui font la nation
américaine. Il a parlé d’égalité des chances, de compassion, de tolérance, des
minorités diverses, des gays. Il a oublié (volontairement ?) les athées,
je crois : il les avait mentionnés eux aussi, il y a 4 ans. Il m’a vraiment
emballé. J’y ai cru. Il m'arrive encore, comme à tout le monde, je suppose,
d'espérer un monde meilleur, sans hommes de paille, et sans pacotille.
Choses vues, lues, entendues, regardées, notées au passage, captées quand l'occasion se présente, sans rien en dire, ou si peu.
mercredi 7 novembre 2012
samedi 3 novembre 2012
LA GUERRE, LA PAIX ET L'ÉLÉGANCE DE COEUR
Photo: Jacques Boissinot, Presse canadienne
Je viens tout juste d'écouter les nouvelles du jour, à 23 heures, au Réseau de l'information en continu... De vieux soldats canadiens s'offusquent — spontanément ? On peut au moins en douter. « Elle a insulté les vétérans ! » Elle, c'est Mme Pauline Marois, première ministre du Québec, indépendantiste; elle a osé porter le coquelicot, l'emblème du Souvenir, rattaché à sa veste par une épingle en forme de fleur de lys. Une fleur de lys ! L'emblème du Québec ! Et tout de même une image très apparentée à la France éternelle, avec laquelle nous nous sommes battus, non, en 14, en 40 ?... Elle, elle donne pourtant une explication toute simple à son geste; et pour apaiser l'absurde tempête dans un verre d'eau, si proche de s'exciter, dans cette maison de fous*, toujours, quand la chicane vire au sordide, et si dangereusement susceptible d'alimenter tous les fanatismes, elle s'est empressée de faire savoir qu'elle porterait le coquelicot comme le veut la coutume et le règlement de l'insigne. Honte à tous ceux et celles qui ont fait un plat de l'affaire, caricaturant Mme Marois aux extrêmes. Honte en particulier à Gérard Deltell, le pire de tous, l'imbécile de première, qui en a remis une couche épaisse, faisant de Mme Marois une provocatrice volontariste, particulièrement perverse. Et pourtant, Mme Marois a essayé de calmer le jeu, parce que faire autrement n'en valait pas la peine, sauf d'être porteur de hauts risques ultras. Pourrait-on, si possible, se souvenir qu'il y a à peine deux mois, cette femme a été victime d'une tentative d'assassinat fomenté par la haine ?
* L'expression est de M. René Lévesque, telle quelle, dans Option Québec.
jeudi 11 octobre 2012
À PROPOS DU MATRICULE 728
(Youtube: images de Radio-Canada )
Les quelques lecteurs que j'ai, en francophonie, ne comprendront rien à la richesse des dialogues contenus dans cette vidéo, s'ils leur prenaient l'envie de la regarder. (Elle vaut le coup, c'est le cas de le dire !) Mais ils en saisiront sûrement tout le précieux sens, à simplement jeter un œil sur le déroulement, parfaitement sidérant, de l'action. L'assaut, cette fois-ci, n'est pas au Métropolis, comme au 4 septembre dernier — j'ai parlé de cet incident tragique, ici, sur ce blogue. Non, pour cette fois, les hostilités se déroulent rue Papineau, à Montréal, dans un emplacement où on ne fait que de la musique, entre gars, rien de terriblement délinquant. Pas de révolte générale en vue. Mais une (seule !) bouteille de bière trop visible de la rue, une policière qui a sauté une coche, et le spectacle a eu lieu, sans autre musique de fond que des cris terrifiés et des insultes grossières.
Voyez-vous, au contraire de l'ancien ministre des Finances du Québec, M. Raymond Bachand, ça ne me dérange pas que le nouveau gouvernement du Québec «divise» la société par ses politiques de centre-gauche, parce qu'elle l'est fatalement, « divisée », la société, dès qu'il y a inégalité économique; elle l'est fatalement, dès qu'il y a enrichissement de quelques-uns par le moyen du travail, des impôts et de l'exploitation salariale du plus grand nombre. La société est inégale, elle est partagée. C'est la richesse qui ne l'est pas. L'inégalité «est». C'est comme ça.
J'aime nettement moins, cependant, la haine que les tensions sociales génèrent, et que, de toute évidence, on attise dans certains milieux. La haine n'est jamais noble, la haine n'est jamais justifiée. La violence de l'agente 728 est haineuse et n'est pas, en aucun cas, un fait isolé, une dérive particulière. La policière hait les artistes, les carrés rouges, « toute cette marde-là » — entendons les étudiants, les agitateurs de casseroles, les manifestants, les contestataires et quant à faire, Mme Marois, actuelle Première ministre, Mme David, chef du parti de gauche Québec-Solidaire, les profs de cégep, les profs de l'UQAM, les centaines de milliers de personnes qui ont pris la rue le printemps dernier... Il faudrait être extraordinairement naïf pour penser que cette haine qui tourmente la gardienne de la paix, on ne le lui ait pas inculquée, quoi qu'il en soit de la personnalité fiévreuse de Stéphanie Trudeau. On la lui a apprise, et c'est affreusement troublant de le penser, parce que ça justifie les accusations souvent répétées, durant la crise sociale du printemps 2012, de politisation des forces policières. La violence de l'agente Trudeau est « politique » et sociale. Elle trouve une oreille attentive quand elle raconte son intervention, et profère ses insultes. Et elle sait parfaitement bien qui est l'ennemi. (On aurait presque envie de dire: l'ennemi de classe.) On le lui a décrit, nommé, ciblé, c'est évident.
En ces temps où un gouvernement de « gauche » nouvellement élu a échoué à faire adopter des mesures fiscales progressistes, parce que l'opposition (néo-libérale) s'est déchaînée, sans retenir la haine de ses attaques, la violence policière, bras armé des notables et des puissants (j'entends: des détenteurs de capitaux), devient très réellement inquiétante. Le ministre de la Sécurité publique devrait peut-être y regarder d'un peu plus près.
lundi 24 septembre 2012
L'IMPÔT ? C'EST DU VOL !
( Source: Cyberpresse. 23 septembre 2012 )
La hausse d'impôts du PQ (pas du gouvernement, non, du PQ) condamnée: c'est le titre d'un article de la Presse, signé Philippe Teisceira-Lessard. Un jeune homme. La relève intellectuelle de la droite. Un chantre, parmi d'autres, d'un profil social à la Mitt Romney, où la richesse sert la multitude et la fait travailler.
Et elle est condamnée par qui, cette spoliation fiscale ? Une incommensurable foule en colère ? Une gigantesque manifestation de casseroles agitées ? Une prise révolutionnaire du Black Watch par une multitude vociférant: « Aux armes, citoyens ! » ? Non: la hausse d'impôts est condamnée par la Coalition Avenir Québec et le Conseil du patronat. Oh ! Oh... Voilà donc la source unanime de la révolte de masse contre l'horrible PQ. Respect. Ce qu'on lira dans l'article, c'est la science économique en action, c'est le souci économique de ceux qui savent, et qui, comme de juste, n'ont pas d'intérêts particuliers.
Ce qu'il faut savoir, c'est que cette hausse des impôts, qui affectera celles et ceux qui touchent plus de 130,000 dollars par année, est d'un tel « manque de respect » qu'elle en est « inacceptable », surtout quand on sait que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord: un scandale, Madame, oui, un scandale qui empêche les plus fortunés de « planifier leur budget » (de planifier leur budget ! c'est écrit tel quel ! la blague — inconsciente ? cynique ? — est bonne ! ) Et attention, que l'article nous dit, si nous ne sommes pas gentils avec les gens qui gagnent, quoi, 300,000, 400,000 dollars par année, ils pourraient bien s’envoler, aller là où ils pourraient bénéficier d'une fiscalité tellement plus compréhensive avec la fortune: quelque chose comme le syndrome belge qui frappe la France ces jours-ci, et qu'on importe allègrement, c'est gratuit. Mme Lise Payette disait des gens d'affaires qu'ils n'ont pas d'âme, pas de patrie. On se prend à nouveau à la croire: elle dénonçait pourtant la chose il y a déjà plus de 30 ans.
C'est là (je n'ai rien soustrait à l'article) tout l'essentiel de la condamnation généralisée dont la Presse se délecte les babines, et pense en alerter l'opinion. On a eu le printemps érable. On aura l'automne rouge feu: des masses humaines hurlant leur colère, dirigée contre la première ministre Marois. Paul Desmarais marchera en tête, arborant la feuille d'érable érubescente comme une cocarde ! Ce qu'ils rigoleront, quand même, quand ils se rappelleront la blague, le 25 décembre prochain au soir, nostalgiques des Noëls anciens où les pauvres étaient de vrais pauvres, éléments magiques — et comme tels cruciaux — de la Nuit où le privilégié se rachetait l'humanité à si bon compte...
PS ( en date du 7 octobre 2012 ):
«Behind the pretenses to egalitarianism that dress up confiscatory Quebec tax laws and repressive language laws, the real driving ambition has been to push the non-French out of Quebec, buy up the real assets they cannot physically take with them, especially their mansions and office buildings in Montreal, and eliminate up to half the emphatically federalist votes in the province.» Conrad Black, The National Post, http://www.nationalpost.com/m/wp/full-comment/blog.html?b=fullcomment.nationalpost.com%2F2012%2F10%2F06%2Fconrad-black-as-quebec-decays-toronto-seizes-greatness
«Behind the pretenses to egalitarianism that dress up confiscatory Quebec tax laws and repressive language laws, the real driving ambition has been to push the non-French out of Quebec, buy up the real assets they cannot physically take with them, especially their mansions and office buildings in Montreal, and eliminate up to half the emphatically federalist votes in the province.» Conrad Black, The National Post, http://www.nationalpost.com/m/wp/full-comment/blog.html?b=fullcomment.nationalpost.com%2F2012%2F10%2F06%2Fconrad-black-as-quebec-decays-toronto-seizes-greatness
mercredi 5 septembre 2012
LE COURAGE NE SE CONTREFAIT PAS...
Vers 23 h, en
regardant la soirée électorale québécoise à la télé, chez un ami, je me disais que Mme Pauline
Marois avait gagné le titre (et la fonction) de première ministre du Québec de
haute lutte, certes, mais pourtant de justesse, presque en accroc à un processus
électoral qui pourrait être exemplaire. Ça ne me donnait pas du tout le goût de
célébrer. Le résultat des élections était drôlement serré, complexe : le
gouvernement que Mme Marois allait désormais diriger n’aurait qu’un bien faible
mandat de gouverner, encore moins de libérer
quoi que ce soit. Mais elle, quand elle s'est présentée à la foule de ses
partisans, elle était sereine, souriante, visiblement consciente de la lourde responsabilité
d’État qui était désormais la sienne; elle a livré un discours tout en douceur,
tentant de calmer une foule malgré tout déçue, et un peu amère. Quel souverainiste
ne l’aurait pas été, même de la belle victoire de Françoise David, vécue ce
mardi soir, plus que jamais, comme une douloureuse déchirure ? Je la trouvais
belle, Mme Marois, digne, apaisante, et courageuse, d’exprimer encore et
malgré tout ses espoirs et ses convictions. Elle a rappelé l’ouverture
nécessaire sur le monde. Elle a tendu la main aux peuples indiens, leur a
offert le dialogue, l’égalité entre nations. Elle a assuré, à nos compatriotes anglophones
(«entendez-moi bien», a-t-elle
insisté) que jamais aucun de leurs droits, inaliénables, ne serait restreint.
Et puis, là, immédiatement,
le drame, terrible, en direct, à la télé. Une tentative d’assassinat, sur la
personne de la première ministre élue, visant peut-être aussi plusieurs autres militants
indépendantistes. Deux personnes sont
gravement blessées, une en est morte. Morte. Ce drame, c’est l’acte d’un probable
dément, isolé, qui s’est investi lui-même d’une mission, qui s’est autoproclamé
le vengeur d’une communauté qui se dit, depuis trente ans, depuis quarante ans,
persécutée dans sa richesse, bafouée dans ses droits. « Les Anglais se réveillent ! », clamait le forcené, pour qu’on
l’entende, de loin, et qu’on sache, tous, que son crime avait un sens. Le choc a
été considérable. L’animateur télé, bouleversé, ne regardait plus que dans le
vide, tout en essayant de comprendre l’impossible et l’impensable. Mme Pauline
Marois, première ministre élue du Québec, venait d’échapper de peu à un
attentat motivé par la haine. Au Québec.
Dans un pays où l’immense majorité de la population, depuis toujours, est
pacifique jusqu’à l’aliénation.
Et puis, là, tout de suite
après l’horreur, c'est l’étonnement, c'est la stupéfaction : Mme Marois est
restée présente parmi les siens, n’a rien perdu de son assurance, ni même de sa
bonhommie. Elle a tenu à rassurer la foule, à compléter la fête de la victoire,
si faible et presque pauvre. Ce qu’elle savait à ce moment-là, de la tragédie,
qui n’avait que quelques minutes, n’est pas ce qui est ici important : ce
qui l’est, en revanche, c’est qu’après avoir tenu un discours vibrant, chaleureux,
et rassembleur, elle soit revenue sur scène, affrontant un danger toujours
possible, et surmontant sa propre peur, sans que rien n’y paraisse. Magnifique.
Elle était tout à la fois superbe, féminine, décidée, leader vraiment
responsable, dans un moment où le Québec tout entier a ressenti le besoin
d’être rassuré. Jamais je n’ai cru les propos d’amour de Mme Marois aussi
sincères que ce soir, au cœur d’événements violents, qui la visaient elle, elle
et ses convictions. Mme Marois, ce soir, cette nuit, a gagné vraiment ses
élections. Elle s’est méritée la fonction de première ministre du Québec,
solide, béton, admirablement courageuse, dotée d’un jugement impeccable en
situation de crise. S’il fallait encore en convaincre nos compatriotes, je fais
le pari que c’est maintenant chose faite. Mme Marois a été tragiquement investie,
mais nous tous, attachés à la démocratie et au bon sens, nous l’adopterons et
la protégerons.
Il y a les excessifs (que
je connais, parfois) qui polluent les réseaux sociaux de leur mépris et de la virulence
de leurs propos (et qui le font encore cette nuit) ; il y a les enragés
complètement fanatisés, qui distillent leur haine viscérale d’un Québec
français qui s’affirme pourtant si difficilement, gêné parfois de sa timide
audace, et qui par de trop courts instants rêve d’un pays à lui, un
pays libre et indépendant, le meilleur professeur qui soit pour apprendre la
fierté d’être et la capacité de réussir. Ces imbéciles, excessifs, enragés, qui
sont toujours de trop, dans toute société, dans tous pays, portent leur part de
responsabilité dans l’événement tragique de ce soir. Le crime est l’action d’un
fou, c’est évident. Un désaxé, un pauvre type. Mais la folie ne se nourrit
jamais d’elle-même et d’elle seule : elle est sociale, elle est alimentée.
Ce soir, cette nuit, j’ai honte pour celles et ceux qui, par leur hargne, leur
mépris, leur racisme même, ont engraissé le délire paranoïaque d’un halluciné.
PS (2 octobre 2012)
Il y avait, ce soir, au Métropolis, un spectacle-bénéfice: les critiques parlent déjà d'un événement digne, grave, musicalement réussi. Bravo pour qui a songé à ce concert, bravo aux artistes qui ont participé à l'événement. Il y a eu un mort, le 4 septembre dernier. Il y a eu un blessé grave. Tant mieux qu'on ne les oublie pas, tant mieux qu'on aide les victimes initiales de cette tragédie. Mais je ne voudrais pas qu'on oublie, jamais, ou qu'on ignore, ou qu'on fasse silence sur le fait qu'il y avait une personne qui était spectaculairement visée, au soir du 4 septembre, qui survit, qui assume le poids tragique de cet événement. Je n'ai pas d'intention politique, en écrivant cela, si ce n'est que je ne souhaite pas que, pour des raisons qui seraient précisément politiques, on fasse comme si cette personne visée n'existait pas.
lundi 3 septembre 2012
WEEK-END À QUÉBEC-LA-MAGNIFIQUE
Week-end à Québec-la-magnifique. Ciel peint bleu (comme disait l'autre) sur une ville d'une exceptionnelle beauté. Il y avait foule, samedi soir, pour Madonna: on s'est approché de la scène, et on a entendu, de loin, la diva... Le même soir, nous nous sommes plutôt, de préférence, rendus au Moulin à images, création de Robert Lepage, spectacle en trois dimensions diffusé sur les silos à grain du Vieux-Port: c'était à ce point étonnant, superbe, inspiré, que je m'imaginais, rien de moins, serrer dans mes bras le créateur lui-même, et le convaincre de son talent ! Il y avait, à Québec, des grappes de touristes émerveillés: à ce point photographiée, la ville pourrait en venir à perdre son âme, éparpillée aux quatre coins de la planète. Mais non: elle reste ce qu'elle est, l'autre Amérique, l'authentiquement française, avec le goût et le savoir-vivre de la vieille France. (Dommage qu'elle ne sache pas encore comment voter!) C'est le mystère de Québec, ce qu'elle a de moins charmant, cette ville restée française, mais pourtant plus colonisée que le reste du Québec tout entier: un jour, peut-être, cela changera. En attendant, la ville s'illusionne, se dit sans gêne Capitale nationale, et pour elle l'affaire est faite; elle se couvre de monuments d'illustres personnages, ou réputés comme tels. Les guides touristiques en remettent, disent n'importe quoi aux étrangers qui ne retiendront rien, de toute façon, de la leçon d'histoire absolument nulle qu'ils subissent sourire ébahi... (Rien d'aussi grave, quand même, que ce guide français qui prétendait naguère, à Fontainebleau, que saint Louis y était mort !) Quant à la Fête Arc-En-Ciel qui avait lieu ce we, la Gay Pride de Québec, elle a encore à se payer d'un peu d'audace pour avoir vraiment l'air d'être fière valant peine...
Merveilleuse ville ! Elle est ce qu'on a de plus beau, très probablement, dans ce pays du Québec qui se rêve à n'en plus finir, et qui ne peut pourtant pas compter sur Québec pour se réveiller et aboutir, une fois pour toutes, et qu'on n'en parle plus...
lundi 20 août 2012
GAY PRIDE À MONTRÉAL
C'était, à Montréal, le week-end de la Fierté — ailleurs appelée Gay Pride. Beaucoup de participants pour la journée communautaire de samedi, de partout, de toutes tendances. Le défilé du dimanche était emblématique de ce qu'il est partout au monde (où on le tolère), coloré, extravagant, politisé pour la cause, donnant beaucoup dans l'autodérision — ce que j'adore. Un public bon enfant, drôle, toujours souriant. Très chaleureux avec Québec solidaire tout comme avec le Parti québécois. De longs, de gros applaudissements pour l'importante délégation d'étudiants portant le carré rouge, et qui s'est mêlée, à ma grande surprise, à la parade. Une foule de spectateurs immense, telle que je n'en avais pas vues ces dernières années, plébiscitant toutes les variétés de l'espèce humaine, le temps d'une trêve de quelques heures. Une foule feignant d'oublier à quel point la fête est commercialisée, récupérée, rattrapée par le néolibéralisme qui a voulu de l'argent rose, et qui, tout bien réfléchi, nous veut bien dans son armée: sur les lignes de front, les saunas sont plutôt rares... Le week-end de la Fierté reste un beau moment, nécessaire à un apprentissage de la tolérance, qui n'est pas encore fini: la résistance est redoutable, dès qu'il s'agit de sexualité, et plus encore d'identité sexuelle. Il faut veiller, et ce sera là peut-être notre dernier combat, à ne pas devenir un instrument manipulé, crédule jusqu'à la bêtise, et totalement inconscient, de l'impérialisme américain, et de celui, ethno-culturel, de l'Occident.
jeudi 16 août 2012
LA GRANDE IMBÉCILLITÉ
Cyberpresse, 16 août 2012.
Cyberpresse, 21 heures : 43 % des personnes qui
se sont exprimées, par le biais d'une question sondage frisant le racisme, et réveillant
les pires préjugés qui soient, se sont dites d’accord avec les propos du maire
de Saguenay, Jean Tremblay. Je suis stupéfait, honteux : 7402 de mes compatriotes
pensent que les personnes nées hors Québec, mais devenues citoyennes de ce
pays, amoureuses de ce pays, tout aussi bien et tout autant que tous les autres
citoyens du Québec, au restant parfaitement intégrées, au point d’adhérer au
parti politique qui prône l’indépendance nationale, le français comme langue
commune et la laïcité pleine et entière de l’État, que cesdites personnes n’ont pas le droit d’exprimer une opinion quant
à un projet de société qui n’est pas traditionnel, et qu’elles devraient
s’exclure d’elles-mêmes du débat public.
7402 de mes compatriotes pensent, comme le maire
Tremblay, que, «nous les mous, les
Canadiens français, on va se faire dicter comment se comporter, comment
respecter notre culture par une personne qui arrive d'Algérie… On n'est même
pas capable de prononcer son nom… Je n'aime pas que ces gens-là (les
immigrants) arrivent ici puis établissent leurs règles… Ils vont faire
disparaître la religion et notre culture de partout.» Le maire a
déliré ; il a pris la défense du catholicisme par un appel à peine déguisé
à la haine et à l’exclusion, et c’est ce qui reste, dans l’espace public, l’exclusion,
la haine, sans ouverture à l’autre et à l’échange de vues. N’importe quel
peuple sur Terre, et le nôtre aussi, bien entendu, peut s’expliquer avec ses
nouveaux arrivants, insister sur les valeurs fondamentales qui sont les
siennes. C’est ce que propose de faire la Charte de la laïcité. Mais rendons-nous
bien compte que nombre des 7402 électeurs québécois qui, aujourd’hui, ce soir, appuient
les inepties du maire Tremblay ne veulent pas promouvoir des principes
essentiels; ils dénoncent qu’une candidate issue de l’immigration ait des
principes essentiels, ils martèlent un racisme enfin libéré, un rejet de
l’immigration en tant que telle, contents de pouvoir enfin soulager la peur de
l’autre qui peut tous nous habiter, et qui fait d’affreux ravages quand on n’y
prend pas garde. Ce qu’a dit le maire, c’est petit, c’est médiocre, c’est en
fait scandaleux. Quant au sondage de la Cyberpresse, il n’a bien sûr rien de
scientifique. Mais j'aimerais quand même, ce soir, habiter Trois-Rivières, et
pouvoir contribuer, par mon vote, à donner à la candidate péquiste d’origine
algérienne une victoire telle que les connards sectaires, crédules,
intolérants, s’écrasent à tout jamais. Je rêve, mais j'espère quand même.
Ce n’est pas d’hier que dès qu'on «touche» au
crucifix, au Québec, on mobilise une droite réactionnaire qui, souvent, ne
pratique plus aucune religion, mais qui, hurlant et criant au sacrilège, préserve
l’orthodoxie sociale et trouve par là un
moyen parfaitement cynique de canaliser les sentiments populaciers les plus
immondes, à ras de terre. C'est la même droite qui applaudissait Camil Samson, lui
qui déplorait qu'on sorte le crucifix des écoles. C'est la même droite qui a
manifesté contre les Fées ont soif,
devant le TNM, en 1979, et qui s'est prolongée dans le mouvement des Yvettes, lors du référendum de 1980. C’est
le même conservatisme social, braqué depuis longtemps contre la révolution
sexuelle et la révolution féministe, qui persuadait la même droite de refuser
(criminellement) les pubs de santé publique exhortant de toute urgence à
utiliser des condoms lors de rapports sexuels, à l'époque où Mme Thérèse Lavoie-Roux,
ancienne commissaire d’école catholique, était ministre de la Santé. Ce sont
les tenants de la même droite qui animent les radios poubelle, qui cultivent le
maire et les gens qui pensent comme lui.
Il y a aussi, dans cette affaire du crucifix, et
c’est ce qui gêne le plus, de la xénophobie, et du racisme, qui s'enracinent
parfois dans la simple ignorance des autres (c'est très certainement le cas du
maire Tremblay, qui, ne sachant prononcer le nom de Mme Benhabib, avoue du même
coup qu'il ne l'a jamais lue). Voilà que ce soir, un ministre libéral du coin,
je veux dire du Saguenay, soutient le maire, applaudit, c’est lui qui le dit, à
des positions courageuses. Il y a certainement (à n'en pas douter) de la partisanerie politique dans les réponses
au sondage de la Cyberpresse, qui saute sur l'occasion pour déstabiliser le
Parti québécois et promouvoir d'autres partis semblant mieux «sauver» le Québec
traditionnel contre les «immigrés». L'ADQ avait joué cette carte, à fond, aux
élections partielles et générales de 2008. On peut imaginer que bien des
personnes qui ont cliqué leur accord
avec le maire Tremblay ont fait le geste pour nuire au Parti québécois, tout
simplement - mais sans conscience.
S’il n’y avait pas, en triste supplément, les
défenseurs du patrimoine pour tout confondre, pour amalgamer la laïcité de
l'État avec la destruction des églises ! Faut le faire ! J'ai des amis,
intelligents, athées, qui sont favorables au maintien du crucifix à l'Assemblée
nationale, que pour cette raison, le patrimoine – raison à mon avis aberrante,
puisqu'un crucifix, ça se déplace, ça se range, ça se conserve dans un musée.
Quand, en 1977, le gouvernement péquiste de René Lévesque a décidé d'abolir la
prière à l'Assemblée nationale, ça a crié, du côté des banquettes libérales, et
c'était, à les entendre, un vrai scandale, l’œuvre d’un mécréant; plus
personne, depuis, ne conteste le « moment
de recueillement », parfaitement neutre. J'en ai assez, vraiment assez, de
ces histoires à n'en plus finir pour ce qui n'existe même pas, ni comme un
vieux Monsieur à barbe, ni comme une Chose flottant dans les Cieux, ni comme
une Entité créatrice, qui nous surveillerait du Très-Haut, qui dicterait ses
désirs et ses ordres, qui froncerait du sourcil quand les Benhabib de ce monde
osent parler de laïcité, un Dieu qui prônerait une morale écrasante, sexuelle,
vestimentaire, une parade graduée comme une échelle, allant du meilleur
jusqu'au pire, avec l'enfer au bout du compte, divinement calculé.
Contre l'offensive catholique intégriste de Mgr Ouellet, sur laquelle s'aligne
le maire Tremblay, il y a la science, la NASA, la modernité, l'évidence. On
s'en sortira, de cette hypocrisie, quand les athées, les non-pratiquants,
cesseront de faire baptiser leurs enfants, et de magnifier leurs morts à
l'église. On s'en sortira quand les athées, et les non-croyants cesseront de se
demander, torturés et parfaitement ridicules, si on doit, après les écoles,
sortir le crucifix de l'Assemblée nationale. Qu'on le sorte, bon dieu, et qu'on
le mette au musée du Québec, souvenir malheureux de la Grande Noirceur qui se
prolonge, encore, jusqu'à maintenant, dans la Grande Imbécillité.
Du bien, dans toute cette sale affaire ? Oui. Un pas
de plus vers la laïcité complète de l'État, à l'encontre de ce
que prescrit pourtant, terriblement arriérée, la constitution canadienne, qui
reconnaît, sans blague aucune, la « suprématie de Dieu ». Et, peut-être, une
sensibilité nouvelle, de nos compatriotes des communautés culturelles, vers le
Parti québécois, qui n'a jamais été, tant s'en faut, leur persécuteur ou leur ennemi.
vendredi 3 août 2012
NE PAS VOTER DU TOUT
20 mai 1980: c'en était fait.
Le
2 mai 2011, les électeurs québécois ont rejeté une équipe parlementaire qui
n'avait pas démérité, et qui avait au cœur même de son existence de faciliter,
un jour, l'accès du Québec à son indépendance, quand en viendrait le temps - comme
le temps de la République était finalement arrivé pour les Irlandais, divisés, hésitants
à n’en plus finir, longtemps dominés, aliénés, et presque assimilés. Désirant clairement le choix qu'il faisait, le peuple québécois a dans
les faits rejeté son indépendance, et a mis fin, définitivement, au rêve
difficile et douloureux, souvent refoulé, de son émancipation collective, de sa
maturité enfin assumée, avec risques et périls, avec gauche et droite, avec
connaissance et présence dans le monde, comme pour tout autre peuple libre de son
destin.
Claude
Ryan avait dit un jour la nécessité historique, inévitable, qu'une des deux
options, fédéraliste ou souverainiste, disparaisse complètement. Au lendemain
du 2 mai, c’était chose faite, désormais. Le Bloc québécois anéanti, le
choc a été énorme. La tourmente a failli emporter le Parti québécois, hébété,
déchiré entre ceux qui ont voulu sauver l'option à tout prix, et ceux qui ont
voulu coûte que coûte sauver le parti de gouvernement, qui a rendu de grands
services, ceux mêmes qui croyaient, encore, que le pouvoir provincial exercé
par des souverainistes augmentait la confiance en nous des Québécois. Des souverainistes, proches d'Option Québec, publié en 1968, ont
critiqué l'origine même de l'impasse, voire de l'impuissance nationale, dans
cette démarche référendaire destinée à toujours échouer, victime de
modifications démographiques de plus en plus rapides, ce pendant que le vote
des jeunes désertait la cause, s'abstenait de plus en plus massivement. Des
souverainistes restés attachés au parti, fidèles à l'idée lévesquiste qu'un bon
gouvernement, nationaliste, social-démocrate, pouvait préparer l’indépendance
par la gouvernance souverainiste, en attendant un possible référendum gagnant,
sont restés fidèles à l'idée d'une élection provinciale victorieuse, malgré
l'effroyable déroute du Bloc québécois au 2 mai 2011. Et pourtant l'option est
bien morte, aussi irréversiblement que M. Lévesque l'avait cru « irréversible »,
dans son fameux discours, excellent, essentiel, inutile, et qu’il a regretté, tenu
à l’Economic Club de New York, en
janvier 1977. L’option est morte depuis longtemps. Elle survivait comme un
fantasme masquant l’humiliation à renoncer; le 2 mai, elle a été une fois pour
toutes liquidée, enterrée.
J’en
ai mal au cœur, encore, parce que j’ai toujours cru l’indépendance du Québec impérative,
urgente et nécessaire. Fragmenté, centré sur la langue, le drapeau, les grands
mythes historiques, les statues de présumés grands personnages de notre
histoire, le nationalisme québécois me touche peu, m’embarrasse souvent, comme
me désarçonnait déjà la gêne de M. Lévesque de faire adopter la Loi 101. Nos
compatriotes anglo-québécois ne s’embarrassent pourtant pas d’être unanimes, à
peu d’électeurs près, quand il s’agit de rejeter le Québec pays, le Québec
français, le Québec national ; ils n’ont aucune réserve à s’appuyer sur
les instruments législatifs, et constitutionnels, qu’ils se sont donnés, depuis
1867, plus encore depuis 1982, pour assurer l’épanouissement de leur collectivité.
Ils exigent qu’on leur parle dans leur langue. Ils exigent qu’on leur donne
leurs villes, leurs institutions scolaires, la libre disposition de leurs
revenus communautaires, le libre usage de la Charte fédérale des droits et
libertés. Ils exigent une identité séparée, et menacent même, si jamais
l’indépendance devait se réaliser, de partitionner le Québec, comme l’Irlande a
dû se laisser déchirer, un séparatisme payé très cher. Ils sont sans gêne et
conscients, ce qui nous manque, à nous francophones, souverainement. J’ai cru à la nécessité, oui, de l’indépendance du
Québec, comme à un acte de libération essentielle, qui donnerait, par exemple,
aux étudiants la capacité de surmonter l’envie du décrochage scolaire, ce désir
qu’ils ont, puissant, aujourd’hui irrationnel, de la fuite dans un
misérabilisme toujours vivace parce qu’il a un sens, parce qu’il masque une
autre liberté, désirée, passionnante, celle du pauvre, du squatter, de
l’errant, du modeste, qui se croit libre parce qu’il a l’espace pour lui, et
peu de besoins à combler. Tout cela n’est pas du gauchisme, pas même un
penchant pour l’anarchisme, c’est de la dérobade. C’est notre communautarisme à
nous, une aliénation terrible, une peur tenace que ça change, et que la liberté
dont parlait M. Lévesque, mieux encore M. Parizeau, ne soit plus la liberté de
faire ce que l’on veut, sans qu’on nous bâdre avec le souci des autres, avec
l’effort, avec la culture, avec la connaissance, avec le changement. Un livre
magnifique, paru il y a quelques années, Québec,
quatre siècles d’une capitale, l’œuvre entre autres de l’historien Gilles
Gallichan, faisait en réalité l’histoire d’une capitale en perte de continuité,
constamment ravagée et refaite, sans souvenirs persistants, le lieu d’une
singerie caricaturale du pouvoir des Anglais d’Angleterre, arrivés ici à force
d’armées conquérantes, capitale incurablement provinciale qui se donne, sans
rire du tout, un titre, un trône, des costumes brillants, des habitudes bien
élevées, une sagesse de colonisés parfaitement affligeante… Qu’importe aux
Québécois cette parade ridicule, pourvu qu’on les laisse en paix. Le vernis du colonisé
est solide et brillant ; mais sous la couche épaisse et résistante de la
petite bourgeoisie, il y a un peuple qui a tout encaissé, mépris, exploitation,
tromperie, et qui ne sent de survie que dans sa liberté d’être, immédiate,
protégée par l’ignorance des défis inévitables, soulagée par le rire gras,
rêvant qu’un jour il y aura pour lui aussi commerces prospères et beaux
quartiers. Le pays, dans ce contexte, est pour le moins lointain, et nébuleux…
L’indépendance
n’est pas une fin en soi ; mais elle est, j’y ai cru, un bien en soi. Je
trouve ça triste, et désolant, qu’on y ait renoncé, mais c’est un fait. Le déni
là-dessus est tellement puissant que lorsque je suppose la fin du rêve, preuves
à l’appui, j’en perds des amis. Et pourtant, j’en ai assez de m’illusionner. Ça
m’épate de voir Léo Bureau-Blouin s’engager, et Jean-François Lisée, et Maka
Kotto, et Jean-Martin Aussant, lui autrement, d’un sans-gêne à priori
emballant, et même Françoise David, sans qu’elle semble vraiment y croire, au
pays, comme d’une nécessité absolue, de toute première importance. Je les
admire, je le jure, et combien d’autres. Mais je refuse qu’ils m’emportent
désormais dans la calamité, et la consternation, à répétition. Comment
raconterons-nous donc notre histoire nationale, dans cinquante ans, dans cent
ans, déjà que ce n’est pas simple d’expliquer à des étudiants à qui il faut
faire aimer l’Histoire, imaginez, que nous provenons d’une colonisation ratée,
d’une conquête, d’une révolte échouée en plein hiver, d’un asservissement, et
d’un long, d’un très long mépris.
Je
ne voterai donc plus, plus jamais, à l’exception d’une élection référendaire,
ou d’un référendum sur la souveraineté ; alors, là, oui, j’irai voter. Mais
il n’y aura ni de ce jour improbable, ni d’une victoire impossible, et je ne
voterai donc plus. La polarisation nouvelle entre la droite et la gauche montre
bien que l’autre projet a été trop
long à se réaliser, qu’il ne se réalisera jamais : l’illusion du pays
s'incarne en ce moment avant l’indépendance réelle, et c’est de projet de
société dont on parle désormais. Ce nouveau clivage est la plus belle preuve
que la question de la souveraineté est tranchée. M. Legault, tout comme Mme
David, qui tous deux en ont gros contre le Parti québécois, sont les naufrageurs
ultimes de la souveraineté, au bénéfice d’une gauche ou d’une droite provinciale, de parenté évidente avec
des partis fédéraux, le NPD ou le parti conservateur. Au reste, Québec
Solidaire se dit souverainiste parce que l'écrasante majorité des personnes de
gauche le sont. Cela changerait ( et cela changera, ) que QS changera d'option
constitutionnelle, je parie fort là-dessus.
Ce
printemps, le mouvement étudiant a été remarquable, l’argumentaire, impeccable.
La Révolution tranquille n’a pas été complètement inutile ! Mais le
mouvement étudiant n’était pas toute la jeunesse, et certainement pas les
décrocheurs, ni ceux, excusez l’expression, qui
s’en crissent ; il n’incarnait pas non plus le peuple québécois dans
toute l’épaisseur de son existence historique, bien loin de là. Il aurait pu
cependant nous faire croire que la société québécoise avait réellement changé,
et qu’elle avait désormais de nouveaux idéaux démocratiques. À ceux et celles
qui pourraient l’espérer, allez lire ce qui s’écrit dans les médias sociaux,
allez suivre sur Twitter la campagne
électorale en cours : rien n’a changé, la partisanerie reste aveugle,
agressive, et de mauvaise foi ; la gauche pratique la vieille politique du
discrédit des personnes comme une pro de droite radoteuse et sénile. Voter,
dit-on souvent, est un devoir ; il m’arrive de penser, c’en est même une
conviction profonde, qu’il faudrait un code de déontologie de l’électeur, une
éthique de l’électeur, une exigence démocratique de l’électeur, avant de
pouvoir même voter. Pour devenir citoyens, on vérifie que le candidat a quelques
connaissances de base sur le pays qui l’accueille. Ça me fait fantasmer, pour
tout dire, qu’on exige la même chose de chaque électeur, avant même de réformer
les mœurs électorales, ou le système lui-même. La démocratie ne s’en porterait
que mieux. En attendant, c’est le suffrage universel lui-même qui me laisse
froid.
À
défaut d’indépendance, peut-être faut-il, comme on dit, commencer par le
commencement, et nous mériter notre propre démocratie. Une véritable
démocratie, qui sorte du parlement, même réformé, et qui s’impose dans tous les
lieux de travail, où l’autoritarisme reste encore la norme, telle qu’elle l’était
au 19e siècle, exception faite des balbutiements du syndicalisme – de toute façon écrasé dans le sang. C’est
fou ce qu’un cadre peut se croire seigneur féodal, au milieu de ses vassaux, ce
qu’un patron d’entreprise peut se croire monarque absolu, gérant selon son bon
plaisir. Mais pour ce faire, éliminons le système actuel, la corruption
actuelle, la mesquinerie actuelle, en refusant d’aller voter, en masse. Il
faudrait être en si grand nombre que le poids écrasant des abstentionnistes discrédite
le système lui-même, et ses électeurs fanatiques, gavés d’images, heureux
d’être si grossièrement désinformés. Et peut-être, peut-être arriverons-nous à
passer d’une liberté à l’autre, de l’inconscience indocile et sarcastique à la
liberté publique, collective et juste, parce que corrigeant ce que l’Histoire
aura fait de nous.
J’aime
les Québécois. J’aime le Québec. Mais le 4 septembre prochain, je n’irai pas
voter.
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