mardi 20 août 2013

DE LA PERTINENCE D'UN QUARTIER URBAIN DIT «GAY»



Photo prise par l'auteur du blogue, lors de la parade de la Fierté, le 18 août 2013


Le journaliste Luc Boulanger a publié, le 19 août, dans La Presse, un texte impitoyable sur la pauvreté sociale et culturelle du Village «gay» de Montréal... au point de mettre en doute sa pertinence. Impitoyable, mais certainement (largement) vrai. J'ai envie (c'est prétentieux !) de commenter cet article, modestement. Je donnerai, plus bas, des liens utiles, pour les lecteurs qui voudraient se faire une meilleure idée de la question.

La rue Ste-Catherine, du moins le tronçon qui traverse le Village, est agréable, mais laide. Il n'y a de toute évidence pas de plan d’urbanisme, dans cette ville, en tout cas pas pour le quartier, anciennement populaire, où s'est concentrée l'activité commerciale gaie. Pas de règles architecturales non plus, il s'y construit n'importe quoi, n'importe comment. (Ça n'a pas toujours été le cas, il y a encore de beaux bâtiments, aux murs couverts de cette pierre de façade typique de Montréal. Mais ces bâtiments ont pris de l'âge. Beaucoup. Ils sont désormais affreusement déguisés, et isolés.)

La rue Ste-Catherine est agréable, mais parfois dangereuse — et que faire, que faire de la misère sociale qui y parade, elle, tous les jours de l’été (et de l'année), sans Mado pour donner le change et maquiller l'affaire, l'affaire terrible que cette pauvreté qui persiste; quelle politique sociale juste et équitable peut-on adopter face à une délinquance, à une itinérance humainement insupportable ? 

La rue Ste-Catherine, raison d'être du Village, est un espace de commerces d’alcool et de restauration rapide, c’est un fait. C’est tout près, aux alentours, que l'on peut bien manger — tout près, mais pas sur Ste-Catherine.

Par ailleurs, si le Village est un lieu de tolérance des diversités sexuelles, il n’est cependant pas un endroit majoritairement gay. J’habite le Village, et mes voisins sont, en grand nombre, hétéros: jeunes couples, étudiants, familles immigrantes avec enfants... Je me rappelle encore cette étude d’un géographe de l’UQUAM qui avait démontré que davantage de gays habitent le Plateau plutôt que le Village. C'est à sa réputation, qui lui a donné son essence et sa «fonction», que le Village doit d'être tolérant, et non de par l'orientation sexuelle des gens qui l'habitent. Le Village est principalement straight. Ça peut étonner d'en prendre conscience. Questionner le Village, quant à sa sexualité présupposée, est en fait un faux problème.

Reste que, pour l’habiter, le Village est agréable, à condition d’être assez loin, l’été, de la rue Ste-Catherine. Laid, mais agréable: tout est à proximité, la Grande Bibliothèque, le centre-ville, le Vieux-Montréal, les grandes salles de cinéma et de spectacle; on traverse le parc Lafontaine, et on gagne le (très chic) Plateau. Laid, mais agréable: on y vit dans une ouverture d’esprit, dans une acceptation quotidienne très réelle, et ce n’est pas mauvais d’être parfois partie de la norme, même si ce n'est là qu'une illusion de quartier. Laid, mais désormais tranquille, parce que la fermeture de la rue Ste-Catherine, l’été, a été une mesure d’apaisement de la circulation automobile incroyablement efficace, de quoi faire rêver l’actuel maire du Plateau.

Ultimo, c’est certainement vrai que les artistes majeurs ignorent la spécificité du Village. Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais «d’art gay», heureusement d'ailleurs. Mais il y a une culture populaire gaie. Elle reste obstinément festive, nocturne, cachée, privée, un peu honteuse d’elle-même, d’où le si courant: «Moi, je n’habiterais jamais dans le ghetto gay» — non, tu ne l’habiterais jamais, abruti, mais tu y passes tes nuits à te défoncer, pour aller ensuite vomir dans le Plateau ou dans le Mile-End ! Je n’aime pas beaucoup cette culture populaire gaie, béatement heureuse de tout ignorer du reste du monde et de ses problèmes, de ne valoriser que sa marginalité, et de n’apprécier que ce qui est si impérieusement jeune et superficiel. Mais cette communauté existe; elle a un lieu de vie transitoire qui lui est propre, la plupart du temps sécuritaire, ce qui n'est pas rien. Les gens du quartier l'accueillent sans faire de problèmes, cette communauté, depuis qu'elle ne prend plus ses rues transversales pour une immense maison de passe à ciel ouvert. On a appris, tous, à vivre ensemble.

La solution, s'il y a désuétude (au vrai délabrement), n’est certainement pas, pour les hommes et les femmes gays, de sortir du Village (comme le suggère Boulanger, et, comme l’a fait la bourgeoisie afro-américaine, qui a quitté les ghettos noirs, pour vivre parmi les blancs de banlieue qui votent républicain, et de fait, détail inquiétant, il y a des hommes et des femmes gays qui militent à droite, désormais...), mais de l’investir: le Village pourrait être beau; le village pourrait être un lieu de création; le Village pourrait être aménagé; le Village pourrait être soucieux de ses parias; le Village pourrait être avenant autrement que pour entasser ses visiteurs d'un soir dans un étal à viande (je veux dire un bar !); mais pour cela, il faudrait planifier, régler, et espérer autre chose que la seule arrivée de touristes américains, et européens, qui viennent ici, deux ou trois jours par année, pour faire la fête sexuelle, et s’en aller par la suite comme si de rien n’était, sauf propager la bonne nouvelle de cette seule réalité nocturne qui compte— les gars sont beaux à Montréal. Oui, bon, mais après ?

Liens:



La page Facebook de personnes qui se sont impliquées dans l'amélioration des aménagements du quartier, et de sa qualité de vie: À l'ombre du pont Jacques-Cartier - https://www.facebook.com/groups/445510368898267/





mardi 13 août 2013

VIGILE POUR LES DROITS, LA JUSTICE ET LA LIBERTÉ (À MONTRÉAL)


Juste avant, et pendant la manifestation



C'était une magnifique soirée, ce soir, au centre-ville de Montréal. Nous étions plusieurs amis, gays, hétéros, (bi?), à s'être retrouvés pour aller dénoncer en choeur la loi russe qui permet la discrimination et libère la haine fascisante, comme on a pu le voir sur d'atroces vidéos qui circulent sur le web, en ce moment. Nous étions de bonne humeur. Parfois gamins. Parfois émus. Et surtout, surtout, toujours solidaires, de tous ceux qui subissent la discrimination, le rejet, l'isolement, la violence, la torture et la mort, de par le monde, et de par leur différence. Une belle soirée, vraiment. À souhaiter que la Russie entende.






dimanche 11 août 2013

LA DÉMOCRATIE ASSASSINE




... En 2011, «Hillary Clinton est venue au Caire en disant, il faut des élections. (...) Mais la démocratie ce ne sont pas juste des élections. Il faut d’abord changer le système, pour qu’il soit plus honnête, plus juste, égalitaire, humain, pour qu’il apporte une vraie paix, une vraie démocratie. Mais c’est précisément ce qu’ils [les Américains, les possédants] ne voulaient pas. Nous dans les rues, nous étions unis, 20 millions unis contre Moubarak et son système, c’est pour ça qu’on a réussi à le renverser. Alors ils nous ont divisés au moyen des élections. À la minute où ont démarré les élections en Égypte, les gens ont commencé à se diviser, ils ont été mis en compétition. (...) Tout cela a permis de faire avorter la révolution. (...) Nous voulions nous organiser, car la révolution n’est pas très créative, elle est surtout spontanée... » - Nawal El Saadawi (Source: La religion est une idéologie politique, http://monde-arabe.arte.tv/nawal-el-saadawi/ )

Hillary Clinton, se rendant en Égypte en 2011, connaissait-elle l'analyse parfaitement limpide que James Madison avait faite, en 1787, dans les Federalist Papers, de la démocratie ? Madison était de ceux qui avaient redouté que la révolution américaine ne remette en question l'ordre social. (Il y avait, par exemple, ces masses paysannes sans terre, inquiétantes, qui rêvaient d'un grand partage, équitable, des grands domaines «loyalistes» abandonnés de gré ou de force...) Madison avait expliqué à ses contemporains hésitants, et en mettant, pour qu'ils comprennent bien, les points sur les i, que le principe de la majorité démocratique avait cette utilité formidable de contourner, et de masquer, «l’inégale répartition des richesses» et donc «des intérêts particuliers», au profit d’une majorité artificielle et temporaire, avec, si possible, une bonne dose de fanatisme partisan. Au regard de Madison, il n’y avait en conséquence rien à craindre du suffrage universel, pourvu qu'il fragmente les intérêts collectifs, qu'il pulvérise toute conscience de classe, qu'il vide de son sens les concepts mêmes de peuple, de nation et de république. (Source: Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, pp. 115-118)

J'imagine que Mme Clinton, se rendant en Égypte, connaissait la pensée de Madison.

Et nous, il nous faudrait savoir si Lafontaine, Cartier et compagnie la connaissaient aussi, quand il a leur fallu s'assurer, après 1837, que jamais, jamais plus la démocratie n'allait générer, ici, au Québec, une aberration semblable à la vaste coalition électorale et populaire qu'avait été le mouvement patriote au premier 19e siècle. En tout cas ont-ils pratiqué (dès 1848,) la formule gagnante, parce que sinon, comment comprendre l'enracinement partisan, souvent fanatique, des rouges et des bleus, des oranges et des verts, et cet invraisemblable éparpillement indépendantiste qui vide de son sens les concepts mêmes de peuple, de nation, et de libération ? 

Nawal El Saadawi aujourd'hui, James Madison hier, ont bien raison tous les deux: c'est la démocratie elle-même qui peut tuer la démocratie.



 

samedi 10 août 2013

OLIVE OATMAN, OU LE TOURMENT INDIEN (1837-1903)


Photos de 1856, l'originale et sa version moderne, coloriée.



Olive Oatman, en 1856, à 19 ans, telle qu’elle était au moment de sa «libération», par l’armée américaine, des Indiens Mohave d'Arizona, avec qui elle a vécu quatre ans. Elle était tatouée au menton, comme l'étaient plusieurs des femmes de la tribu, marque probable d'adoption. Son histoire, célèbre de son temps, est extraordinaire, troublante, truffée de contradictions; elle ferait le bonheur de Serge Bouchard, qui la connait sûrement, et en a peut-être déjà parlé. Au fond, c’est un destin tragique que cette vie, typique du déchirement culturel que vivait l’Amérique de la «frontière» au 19e siècle, aux États-Unis comme au «Canada», en face à face crucial avec le pays indien, et l’originalité attrayante de son système culturel, et social. L’adoption de la Loi sur les Indiens a été, comme chacun sait, la solution finale à ce qui n’avait jamais cessé de faire peur — le «communisme primitif», l'inconscience du fait même de la propriété privée, le nomadisme, l’animisme, la «folie» des formes rituelles. Olive Oatman a sûrement été violemment affolée par cette politique d’anéantissement culturel des peuples indiens. Peut-être faut-il voir là l’explication essentielle du choc post-traumatique qui a gâché le reste de sa vie, vers 1880, alors que bien mariée, elle atteignait tout juste la quarantaine. En Amérique, elle n'était pas seule à souffrir de tourments identitaires.







vendredi 9 août 2013

Saisissement: WIFREDO LAM


Le photo montage est de moi.


Je découvre ce soir, cette nuit, Wifredo Lam, que je ne connaissais pas. (Ignorance...) Je suis fasciné. Le «peintre national cubain», aurait dit de lui Fidel Castro. Mais Lam, me semble-t-il, est un «pur» produit de métissage, ethnique, culturel, américain, européen, africain, cubiste, surréaliste, primitif, et presque naïf, devenu riche, célèbre, fréquenté par l'élite des beaux-arts, persécuté par le nazisme, resté solidaire des peuples du tiers-monde. Un magnifique artiste. Je l'écris avec grande humilité.





Jungle (1943): la plus fameuse, peut-être, des oeuvres de Lam.



vendredi 2 août 2013

LA RUSSIE EST UNE « GRANDE DÉMOCRATIE »














(Toutes les images animées, je les ai trouvées rapidement sur Tumblr, sans que je ne puisse plus nettement identifier et créditer leurs auteurs. Il me semble que ces images pourraient désensibiliser le président russe de son aversion, et le sensibiliser à une réalité de l'espèce humaine qui n'est, après tout, qu'une des multiples composantes de l'amour.)


Merci, M. Poutine. Vous avez (enfin) compris ce qu'était le droit d'asile. Vous avez, très certainement, sauvé (un temps, une année,) la vie d'Edward Snowden - gravement menacé par son gouvernement, déchaîné contre lui, bouc émissaire parfait pour camoufler ce qui peut l'être encore de l'énorme scandale qui secoue les services de sécurité des États-Unis d'Amérique; vous l'avez sauvé, surtout, de la dangerosité des prisons de son pays: peu de pardon pour un «traitre», même héraut de la liberté et du droit, dans l'univers carcéral qui pardonne le meurtre, mais certainement pas le défaut de patriotisme. Voilà un geste, Monsieur le Président, qui prouvera que votre pays est bel et bien la «grande démocratie» qu'on a récemment opposée à la France «socialiste », qui spolie les riches. Ce n'est pas à vous, Monsieur le Président, qu'on pourrait faire ce reproche.

Reste encore à trouver les expressions de gratitude, les preuves d'amour (mêmes) que l'on puisse vous adresser, Monsieur le Président. Peut-il, dans une grande démocratie, y en avoir qui soient mauvaises, et encore impossibles à exprimer, sous peine d'être accusé de propagande perverse devant mineur ? Y a-t-il, dans une grande démocratie, des relations amoureuses qui peuvent, encore de nos jours, conduire à la prison (dont vous avez préservé M. Snowden) ? Même moi, M. le Président, un étranger, je suis passible de cent mille roubles d'amende et de 15 jours de prison à simplement vous écrire ce billet reconnaissant ! J'hésite désormais à me rendre en touriste chez vous, M. Poutine - bien que, dans une grande démocratie, on imagine mal un service de sécurité qui puisse retracer mon modeste blogue et prendre bonne note de son contenu, pour ensuite m'en faire de glaçants reproches, au frais, derrière les barreaux, réduits à un morceau de pain et un grand verre d'eau...

Le pape, Monsieur le Président, qui n'est pas précisément, vous en conviendrez, un démocrate exemplaire, se défend pourtant bien de «juger» les personnes homosexuelles, et reconnait sans peine la compassion qu'elles peuvent tout aussi bien ressentir que vous (pour la sûreté des exilés en détresse) ou que M. Snowden (pour le respect du droit et de la justice): M. Poutine, je vous dirai même que rarement, nous, les gays, manquons à nos devoirs de patriote. Pensez, dans l'histoire même de votre pays, à Tchaikovsky, pensez à l'Ouverture de 1812: ça ne manque ni de panache ni de canons... J'imagine que vous ne voudriez plus, maintenant, faire empoisonner ce compositeur de génie parce qu'il avait des «moeurs sexuelles non traditionnelles»... Monsieur le Président, nous ne corrompons personne. Nous aimons la paix. Nous aimons les grandes démocraties. Nous aimons l'amour. C'est ce que je vous offre, Monsieur le Président, avec l'espoir de quelque rapide éclaircie réellement démocratique dans les lois de votre grand pays, la grande Russie.








jeudi 25 juillet 2013

KIKO ESCORA




Kiko Escora. Philippin. Début de la quarantaine. Connu dans les milieux branchés. Vend cher, à ce que j'ai pu voir. Je ne savais rien de lui, je le découvre, et je suis fasciné. La sensualité, bien sûr, mais insolente, hors d'atteinte, contrariante. Une sensualité immensément égocentriste, fatalement solitaire, aveugle. J'aime beaucoup son travail, inutilement: c'est tout comme si Escora s’amusait de l'arrogance du désir. « Casse-toi, pauv' con », quelque chose du genre. Bref, j'aime beaucoup, c'est rageur, c'est baveux.




mercredi 24 juillet 2013

HAÏR LA HAINE DE L'ANGLAIS


Picasso. La femme qui pleure. 



« De la même façon que les Québécois ne se définissent plus aujourd’hui selon leur pratique religieuse, les livres d’histoire écriront-ils dans quelques décennies qu’ils ont donné leur 4% à tous ces porte-voix (hargneux et souffrant d’une profonde détestation de l’anglais avec une lettre minuscule et avec une lettre majuscule) qui défendent mal le fait français en Amérique et qui font honte? Je me le demande. Je me le demande sérieusement. » - Joanne Marcotte, Journal de Montréal, 23 juillet 2013

J’ai eu envie, d’abord, lisant cela, de proférer quelques jurons. Et puis, de la retenue (que je me suis dit), un peu quand même, parce que quand la dame évoque cette détestation de l’anglais et des Anglais, je ne peux que me rappeler que plusieurs de mes compatriotes, prétendument moins à droite que Joanne Marcotte, et de beaucoup, pensent, sur cette question, strictement la même chose qu'elle. Combien de fois ai-je pu lire, sur Facebook, dans Voir, dans La Presse, dans d’autres journaux, ou sur des blogues, que la Charte de la langue française était le fruit d’un nationalisme anti-Anglais dépassé, et que l’affirmation de l’identité française du Québec procédait d’une haine viscérale, arriérée, de la communauté anglo-québécoise ? Combien de fois ai-je lu, des bien-pensants d'une certaine gauche, qu'il fallait être moderne, et progressiste, et qu'en conséquence il fallait redouter, en vrac, comme du vieux stock puant, l'identitaire, le drapeau, le racisme, l'ignorance de l'autre dont les subtilités de la pensée sont si souvent dites en anglais ?...

Personnellement, je crois encore, comme le Dr Laurin, que le Québec doit être aussi massivement français que l’Ontario est massivement anglaise. Je crois encore que c’est une question de libération, et de réussite, bien davantage qu’une question de dignité, encore que la dignité soit indispensable pour réussir sa vie (et ne pas courber le dos), de l’école au travail, du travail à la politique, du courage politique à l’assurance culturelle qui favorise, au moins un peu, l’expression d’une pensée complexe et de formes artistiques novatrices. C’était déjà ce qui se trouvait dans le Refus global, un texte fossile (comme de juste) remontant à 1949, un temps archi-lointain. Refuser ? Refuser globalement ? On parle bien de ça, oui, alors qu'il s'agit d'accepter l'autre, et de dénoncer «notre engeance nationaliste» qui se donne pour révolutionnaire alors qu'elle se «caractérise», en fait, et à voir les choses comme elles sont, comme typique de la «contre-révolution» souhaitée au nom de la «tribu». Passer «du confessionnalisme religieux au confessionnalisme linguistique obligatoire» ? Jamais ! (Pierre-Elliot Trudeau, Cité libre, 1964). 

Des intellectuels qui pensent comme ça, qui pensent, sur la langue et la nation, comme Joanne Marcotte et Pierre Elliot Trudeau, il y en a des tas. Sur cette question de la langue, c'est même la mode de cracher sur les saint-jean-baptisards fascisants. J’imagine qu’écrivant cela, avec un relent d'acrimonie, j’exprime là mon vieux nationalisme, et ma haine (bonasse, quand même) des Anglais. Dès demain, je m’abonne à The Gazette — pas au Journal de Montréal, je ne me convertis pas, dieu m'en garde, à tout ce que pense Mme Marcotte... Je deviens quelqu’un de bien. Je cesse, comme le dit Joanne Marcotte, de faire honte à tant détester ce que je ne suis pas. Je cesse d'être favorable à la «contre-révolution nationale-socialiste». (Trudeau, 1964, loc.cit.)

PS Comme quoi on radote depuis longtemps, au Québec, particulièrement dans les milieux de la droite anti-nationaliste, même maquillée en progressistes. Ce sont les seuls, pourtant, qui ont  ce triste privilège d'avoir tenté d'écraser la liberté les armes à la main.






mardi 2 juillet 2013

CLIO SE PORTE MAL...


Clio, muse de l'Histoire. Mozaïque romaine, 2ème siècle. Rome, Palazzo Massimo



J'ai conseillé à un de mes amis, récemment, un copain d'université, qui fait de la recherche fondamentale en histoire, et qui publie régulièrement: « Ne t'abonne jamais à Facebook, ou à aucun autre réseau social, parce que tu vas y perdre, irréversiblement, le goût du travail méthodique, patient, approfondi, mené pas-à-pas. En fait, tu vas te demander pourquoi mettre tant d'insistance à connaître si bien le passé, cet «espace-temps de plus en plus étrange», comme disait Jean-Marie Fecteau, au point d'y perdre rapidement, quand on s'y enfonce, toute reconnaissance. Tu vas te demander à quoi sert, sans rire, la fonction sociale de l'histoire, si tant est qu'il y en ait une. Et puis, pour finir, t'écriras plus une ligne. »

Le fait est que n'importe qui affirme n'importe quoi, des dates et des faits de l'ancien temps, tronqué, sectionné, déraciné; le fait est qu'on suppose la «vérité» cachée, insidieusement, comme de juste, parce qu'elle est gênante , embarrassante, et qu'elle fait honte à la Cause; le fait est qu'on les flanque, ces «vérités», comme des gifles magistrales à des esprits horriblement bornés, sans preuve aucune, à partir d'à-peu -près mal vérifiés; le fait est que «l'histoire», quand elle s'en donne le culot, sert à désinformer, à manipuler, à intimider, à orienter; et que c'est là une entreprise facile parce que les morts ne sont jamais là pour protester. Le public lecteur des penseurs les plus courus est horriblement grégaire, faut bien dire: J'aime ! Pas étonnant que tant de personnes honnêtes détestent l'histoire, et que Paul Valéry en ait fait la plus dangereuse des sciences humaines. Et tout ça, c'est en plus du fait des lieux communs, répétés mille fois après une réflexion un peu courte, et qui font terriblement mal à la réputation du métier d'historien, du genre «L'histoire est toujours écrite par les vainqueurs», ou «Il y a toujours deux côtés à une même médaille», ou «C'est ce que dit l'Histoire officielle»...

L'Histoire officielle ! Quand on est un peu parano, on ne doute pas, bien sûr, de son existence. Connaître cette histoire certifiée, avoir si peu de sens moral qu'on accepte de la diffuser, ce sont deux des conditions d'embauche pour pouvoir l'enseigner, au Québec tout au moins. (Je révèle là un secret ! On m'en tiendra rancune, au ministère !)

Ça me rappelle, tiens, ce prof que j'avais, en première année d'université, et qui nous disait: « L'Histoire ne sert à rien. Perdez vos illusions là-dessus. Une poignée de spécialistes maîtrisent correctement le savoir construit qu'est l'Histoire, discutent entre eux, travaillent pour le progrès du savoir et de son exactitude, veulent croire possible une meilleure connaissance du passé dans sa globalité. Mais l'immense majorité de nos compatriotes, y compris le public cultivé, fait n'importe quoi de l'Histoire, s'en sert n'importe comment, dans n'importe quel but. »

L'Histoire ne sert à rien. J'en ai acquis la plate certitude, plus que jamais, ces 24 juin et 1er juillet 2013, fêtes nationales du Québec et du Canada, à fréquenter les réseaux sociaux. C'est si utile de placer les hommes, les époques et leurs capitales où l'on veut, et de s'en accommoder tout à fait bien. Tout ça fait si longtemps, et ça n'a que si peu d'importance que ça soit faux... Allez, pas de quartier pour l'histoire des vainqueurs: J'aime ! Très peu pour moi.

PS Extraits d'un article du professeur Christian Nadeau, paru dans Le Devoir du 24 juillet 2013. Éléments d'une réflexion essentielle.

« Mais qu’est-ce que le débat public ? S’agit-il (...) d’un pugilat d’opinions pour le divertissement des foules ? La difficulté tient en ce que ces débats publics, comme ceux orchestrés par les médias, sont trop souvent conçus comme des arènes, et non comme des forums d’échanges. Les espaces de temps prévus sont souvent très courts, ce qui favorise la formule rapide et incisive, au détriment d’un dialogue constructif. (...) 
Il s’agit alors de se demander si une véritable réflexion peut véritablement émerger de tels types d’échanges. Et que peut signifier la mission des intellectuels et des universitaires dans un tel contexte? Le débat public est nécessaire, mais les intellectuels et les chercheurs doivent y contribuer à leurs propres conditions. Or, un des pièges possibles du débat public est la volonté de gagner à tout prix ou de céder aux charmes des dichotomies faciles. Dans ce cas, la recherche de la vérité ne compte plus ou passe au second rang, ce qui est inacceptable. (...)
La recherche de la vérité ne peut signifier avoir raison par-dessus tout. Elle ne peut signifier non plus se ranger ou disparaître lorsque le plus grand nombre exprime son opposition à nos vues. »











mercredi 19 juin 2013

VERS UN RÉALIGNEMENT DES FORCES POLITIQUES AU QUÉBEC ?


Source: Google Images



Jean-Martin Aussant démissionne. Ça ne m'étonne pas. Des propos, de-ci de-là, laissaient prévoir cette démission depuis plusieurs mois. Ça ne m'étonne pas, par ailleurs, parce qu’Option Nationale était le parti d'un seul homme, souvent magnifié hors de toute proportion, parfois même déifié. J'imagine que, pour «JMA», le poids d'une pareille confiance, d'une pareille adulation, était franchement trop lourd à porter.

Option Nationale ne survivra pas à son chef, ça me semble évident. Je suis triste, et franchement désolé pour toutes celles et ceux qui y ont cru, et qui ont milité, ardemment, sincèrement, comme bénévoles pour ce parti, partout au Québec. Mais «JMA» était vraiment seul. L'appui de M. Jacques Parizeau n'était, en soi, à l’évidence, pas suffisant. Il était seul, et sans grande réalisation publique derrière lui, et c'est peut-être là que se trouve l'erreur de jugement la plus grande qu'il aura faite, celle de claquer la porte du Parti québécois. À certains de ses ministres qui parfois montraient un peu trop d'impatience à accéder au poste de chef du gouvernement, l'ancien premier ministre René Lévesque répondait (et conseillait) d'attacher d'abord leur nom à une grande réalisation publique, comme lui avait arrimé le sien à la nationalisation de l'électricité. C'est ce qui (à mon très humble avis) a manqué à M. Aussant: exceptionnellement talentueux, et brillant, il n'avait cependant pas de réalisations d'État sur lesquelles appuyer sa crédibilité. Ministre du Parti québécois, il aurait pu se donner cette crédibilité. Il aurait pu être un candidat enthousiasmant à la succession (éventuelle) de la première ministre Marois.

Pour l'immense majorité des Québécois, M. Aussant était un ancien député péquiste, régional, peu connu à l'échelle nationale. Ce que j'espère, désormais, de M. Aussant, dont personne ne peut mettre en doute l'irréprochable droiture, c'est qu'il jouera un rôle essentiel dans la convergence des forces indépendantistes.