vendredi 23 mars 2012

DU DROIT À L'ÉDUCATION GRATUITE ET AU JUSTE PARTAGE


Vingt-cinq secondes de la manif, immortalisées par le blogueur !



J’ai participé, cet après-midi, à la manifestation nationale des étudiants et des étudiantes du Québec, en lutte contre l’augmentation des droits de scolarité universitaires. Responsabilité de prof que d’être là. Devoir social de s’y retrouver, en masse. Nous étions plus de 200,000 personnes, essentiellement des étudiants, plusieurs enseignants, quelques parents, une poussette ou deux ;  un flot humain joyeux, pacifique, convaincu, surtout décidé à opposer une résistance, juste je crois, étonnamment acharnée, à ce qui pourrait, sérieusement, limiter le droit social incessible qu’est l’accessibilité aux études avancées pour tous. C’est un droit social, qui ne s’achève pas à la fin du niveau secondaire de formation. C’est un droit. 

À l’époque de la Révolution tranquille, on visait à garantir ce droit par la gratuité complète du système scolaire. Nous n’y sommes jamais parvenus, mais nous avons quand même construit un système suffisamment démocratique, de par sa régionalisation, et son financement public, pour accomplir une formidable récupération. En 1960, les Québécois francophones étaient incroyablement sous-scolarisés, plus en retard d’instruction commune que les Noirs états-uniens, qui subissaient à l’époque une ségrégation scolaire institutionnelle ! C’est dire ce que les Québécois francophones ont longtemps subi comme entraves, jusqu’à la Grande Noirceur; c’est dire les forces qui leur refusaient le droit à l’instruction. Papineau savait bien, j’imagine, que l’écrasement des patriotes, en 1837, tenait en partie des écoles ( publiques, laïques, )   que l’Assemblée avait instituées. Mercier se doutait bien qu’on le détestait, en certains milieux, parce qu’il avait voulu créer des écoles du soir, pour les ouvriers canadiens-français, analphabètes, de ce fait aliénés.

Après six ans de Révolution tranquille, en 1966, et ce trois ans seulement après la création d’un ministère de l’Éducation, la cohorte d’élèves qui s’inscrivait à l’école primaire allait être la première à se scolariser davantage que la moyenne canadienne. Autrement dit, si nous avons réussi quelque chose, depuis le dernier demi-siècle, qui dure, et peut-être transforme le Québec en profondeur, c’est bien la réforme scolaire. C’est, avec les grands instruments économiques d’État, le moyen déterminant de notre épanouissement collectif, et de notre liberté, nécessaire, assumée. 

Remarquez bien, c’est sans illusion que j’écris ces quelques lignes. Je sais bien que le système, très bon, a quelques ratés – au sens très exact du terme. Je sais que les programmes ont été écorchés, souvent ratatinés, capitalisme oblige. Je sais bien que, même dans les collèges publics, la réussite scolaire des étudiants tient beaucoup, déjà, avant même tout renchérissement des coûts de la scolarisation, au milieu privilégié – à la classe sociale — auquel les parents, la famille, la maison appartiennent, et au fric qui leur assure de bien meilleures chances que pour la multitude des autres. Je sais que plusieurs des nôtres, désormais capables de penser, de créer, de gérer, ont pris le virage de la réussite strictement personnelle. Je sais aussi que, depuis 50 ans, notre peuple s’est souvent recoquillé, qu’il a hésité, a voté à droite, a voté Non, s’est cru incapable malgré ses tout nouveaux diplômes, s’est laissé facilement culpabiliser, perdant parfois tout sens critique, la compétence première qu’on acquiert pourtant avec toute bonne éducation. Je sais bien que les Québécois ont parfois honte d’être instruits. On ne se débarrasse pas si facilement de vieux préjugés, surtout de ceux qu’on entretient sur soi-même. L’historien que je suis sait bien que de tout ce qui prend énormément de temps à changer, le mental collectif est ce qui est le plus rebelle, le plus buté. Mais depuis un demi-siècle, nous nous sommes quand même développés, enrichis, rendus suffisamment connaisseurs pour prendre, largement, le contrôle du Québec, tel qu’il est présentement – pas nécessairement tel qu’il pourrait être. L’éducation publique, à faibles coûts, a permis une mobilité sociale qui a fracturé l’étanchéité des classes sociales, et des groupes linguistiques. Nous n’avons pas encore osé jeter par terre ce scandale social permanent qu’est l’éducation privée, pour les fils et filles de quelques familles qui tiennent là, mordicus, aux subventions publiques payées par ce bon peuple avec lequel il est hors de question de se métisser. Je suis surpris que le mouvement étudiant ne s’en prenne pas à cet anachronisme, illustration même de ce que veut dire une éducation qui coûte cher, rogne la démocratie et le droit à une éducation d’égale qualité pour tous.

Pour être clair, j’étais à la manifestation, non pas pour le gel des droits de scolarité, mais plutôt pour leur modulation, et mieux encore, pour la gratuité complète de tout le réseau d’éducation, pour un projet de démocratie sociale qui s’assure, en éducation comme en santé, d’un accès large et équitable, pour tous, à la richesse collective. Monsieur Parizeau disait, en 1977,  que « les voies de l’indépendance passent par des finances publiques saines » ; saines et justes, faut-il ajouter. Une fiscalité impartiale permet, certainement, un financement collectif entier du système national d’éducation. J’imagine que M. Parizeau pourrait être d’accord avec ceci : les chemins de l’indépendance passent par des finances justes, et une éducation gratuite, généralisée, jusqu’au plus haut niveau de formation. 

Pour tout dire, enfin j’espérais revoir, dans le courant de la manifestation,  d’anciens étudiants, d’anciens collègues enseignants. Pas évident de reconnaître qui que ce soit dans un torrent humain. Je n’ai rencontré personne de connu ! De ça j’étais franchement désolé : j’en aurais bien serré une couple dans mes bras !


L'été en mars: les conditions idéales  pour une manif réussie !





Il semble que les chevaux impressionnent les casseurs... Heureusement, pas un seul incident, pas une seule arrestation: la manif du 22 mars 2012 restera comme un modèle !







jeudi 15 mars 2012

LE BESOIN DE SOLEIL



C’était un 14 mars gris, morne, humide et froid, aujourd’hui. J’ai pris quelques photos de cette nature encore inerte, qui n’ose pas bouger, et avec raison. Là où le printemps hâtif a provoqué la pousse de quelques malheureux bourgeons, la pluie glaciale, la neige fondante a tôt fait de les étouffer. C’était laid à voir, c’était poignant. Il m’a semblé que ça souffrait... Il faut une fameuse dose de poésie pour s’émerveiller du croisement pénible, parfois calamiteux, des saisons. L’hiver résiste, la vie avorte, la mort s’accroche. Il y a de quoi expliquer bien des immuabilités dans ce pays...

Peuple immuable, c’est vrai, mais pas nécessairement immobile, tout au contraire... Parce qu’on part, les Québécois, en masse, durant l’hiver. On quitte, on s’en va, on décrisse, pestant contre une saison qui déraisonne, contre un pays trop froid... L’auto a eu ceci de merveilleux qu’elle a ouvert les routes du Sud, et l’avion nous y mène encore plus loin, plus profondément. La Floride, les îles des Antilles, le Mexique, l’Amérique centrale... : en hiver, on y entend parler québécois partout, à croire que nous sommes des centaines de millions sur cette planète, alors que nous ne sommes que 8 millions, tout juste, chez nous. Mais nous avons depuis longtemps cette habitude du départ, parfois irréversible. Il y a plus de cent ans, c’est près de la moitié de notre population qui a abandonné le pays. La moitié, vous imaginez ! Une sorte de grande évasion, affreusement significative, et terrible pour l’avenir... Depuis, la vie est devenue plus douce, le Québec est devenu plus confortable: il s’est développé, il s’est enrichi, il s’est doté d’une sociale démocratie à la québécoise, devenue un dogme, c’est exact, mais devenue aussi un système auquel je tiens... Le Québec est donc plus confortable, et plus juste, mais pas davantage clément: sauf exception, on ne le quitte plus à vie, mais que pour une portion d’hiver - encore que parfois, quand le corps est vieux et douloureux ( mais que le portefeuille est grassouillet ), certains arrivent à se payer le Sud l’hiver durant.




Je suis allé, récemment, au Mexique, un peu plus d’une semaine: c’est tout dire de mon âge et de mes moyens ( limités ) ! Mais j’ai adoré: le soleil, a dit le Dr Richard Béliveau, qui s’y connait, reste le meilleur antidépresseur qui soit.  Puerto Vallarta était plus belle encore que l’an dernier, restée agressivement mexicaine malgré l’invasion internationale qu’elle subit. En moins d’un an, un an seulement, Puerto Vallarta a piétonnisé une rue de bord de mer, dans la vieille ville, et l’a fait très joliment. Les palmiers fraichement plantés sont un peu souffreteux, mais ils vivent; les fleurs s’ouvrent à peine, mais elles poussent; les artistes ont été mis à contribution, et ils ont fait du beau travail. Puerto Vallarta n’a pas laissé faire n’importe quoi, n’importe comment, et que pour le fric. Tant qu’à faire, on a fait bien, on a fait beau. On n’éventre pas les rues pour le plaisir, peut-être parce que, là-bas, on manque d’argent pour satisfaire, à répétition, l’appétit de constructeurs trop voraces. Bref, Montréal ( et les organisateurs de la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine ), auraient tout à gagner à faire un très bref - de grâce ! - , mais très instructif voyage d’étude à Puerto Vallarta, juste pour apprendre comment les Mexicains s’y sont pris pour commencer et terminer des travaux d’aménagement urbain si rapidement, et si joliment. 

À Montréal, il semble que faire vite et beau, et à des coûts raisonnables, relèvent du défi insurmontable. Telle qu’elle est, toujours en travaux, toujours exposée au spectacle de chantiers aussi vite quittés qu’on les a commencés ( à moins, bien sûr, d’éventrer des rues deux ou trois fois de suite, pour satisfaire aux besoins différents d’entrepreneurs qui ont chacun leurs règles et leurs exigences ), Montréal, il faut bien le dire, rend l’hiver encore plus insupportable qu’il ne l’est au naturel. On restera nombreux, j’en ai bien peur, à se réjouir de la quitter, un temps, durant l’hiver.




dimanche 11 mars 2012

ONZE MARS


Paul Gauguin, Nature morte avec fleurs et idole, 1892



C’est mon anniversaire de naissance.

Normalement, je me fais, cette journée-là, le plus discret possible. C’est comme ça depuis toujours, ou presque. J’imagine que je suis resté petit, que je suis resté blessé. Je ne trouve rien de drôle à me laisser fêter. Je suis bien quand je passe inaperçu. Je crois difficilement qu’on puisse m’aimer. C’est narcissique, je sais bien ; mais c’est aussi douloureux, parce que je ne pardonne pas qu’on m’oublie ! Je supplie qu’on m’aime, silencieusement : c’est comme ça depuis toujours ; j’ai peur de rester seul, mais je ne risque pas le rejet. De sorte que, pour moi, depuis longtemps, le mois de mars, c’est plutôt le printemps qui s’annonce et se ressent, et le 11, souvent, ce sont les premières chaleurs qui remontent du sud. Les bourgeois sortent en masse, gagnent le Vieux-Montréal, retrouvent le fleuve Saint-Laurent gorgé, vif et tonnant, comme jamais. C’est là qu’est le vrai plaisir de ma fête, depuis longtemps, depuis toujours. 

Et pourtant.

Et pourtant, il y a Alcib, qui vient tout juste de me laisser un message, ce qui m’a décidé à écrire ce petit billet. Il y a cet ami, aussi, qui voyage en Asie en ce moment, mais qui a pensé, ce soir – c’est déjà le 11, là-bas, - à m’envoyer un courriel à ma santé et à mon bonheur. Il y a ma sœur ( jumelle ! ) qui s’est moquée gentiment de l’âge tordu qui devient le mien. ( Avec galanterie, je dirai que le sien tarde un peu ! ) Il y a mon Chum qui, comme moi, ne sait trop que faire de son anniversaire, et d’ailleurs de tous les anniversaires, mais qui n’a pas oublié de demander au Grand Copain d’organiser quelque chose, dimanche en soirée, au resto, avec quelques amis que j’aime beaucoup, un dîner steak-frites, ventrée banale que j’adore, un petit plaisir qu’ils me laisseront tous apprécier sans trop protester du réchauffé de la fête, et du danger qu’il y a pour mon tour de taille ! J’espère que les amis seront là. Le Chum sera là. Le Grand Copain sera là. Je montrerai que je sais, désormais, recevoir de l’affection, sans trop m’en faire.

J’avais 17 ou 18 ans quand, une année, j’avais carrément refusé qu’on me fête, surtout en famille. J’avais demandé, imposé le silence là-dessus. Le dîner se déroulait normalement, quand ma mère s’était risquée: « bonne fête, Richard ! » Mon père s’était fâché, avait crié : « il ne veut pas, il ne veut pas, laisse-le tranquille ! » Ma mère a pleuré. J’avais beau savoir pourquoi je faisais ça, et quel compte je réglais, je ne me suis jamais pardonné les larmes de ma mère. Ce 11 mars-là, je ne l’ai jamais oublié. Ce soir, je serai autrement, plus vieux et plus généreux. Voire, plus heureux et plus libre. On mérite tous nos anniversaires.

Bonne fête, Richard !


PS. Bien honnêtement, il y en a un autre, dont c'est l'anniversaire; je me suis librement inspiré du texte qu'il a écrit là-dessus. Il ne m'en voudra pas. 

PS. ( 12h15 ) : Ma jeune soeur « jumelle » m'a fait parvenir cette carte de voeux, irrésistible, authentique petit moment de bonheur ! C'est avec son accord que je la publie, ici. Une fois n'est pas coutume ! Merci mille fois ! ( Elle est superbe, ma soeur jumelle, non ? )













Ça vient tout juste d'arriver, du Chum ! ( Photo prise avec le iPod, avec recherche d'effets - quant à faire de la pub ! )







mercredi 22 février 2012

LES BONAPARTE: DE NAPOLÉON LE GRAND À SARKOZY LE NAIN


Caricature pour l'élection présidentielle en France: l'artiste concepteur est ( hélas ) inconnu !



L'idée est à la fois facile et brillante. En tout cas, recevant par courriel, d'un ancien collègue de travail que j'aime beaucoup , le photomontage des trois Bonaparte en guirlande historique, j'ai ri de bon coeur au jeu de mots terrible qui donne son sens, et son aboutissant, aux portraits mis ici en série. Sarkozy en pire, en pire que Napoléon III, « bon » c'est vrai, « socialiste » sincère parait-il, mais d'intelligence médiocre, ses contemporains en ont tous  convenu, et d'une moralité très, mais alors là très faiblement pourvue... Sarkosy en pire, en pire que Napoléon le Seul, « génial » c'est vrai, et « grand » malgré sa « petite taille », ( Sarko aspirait à imiter l'Unique, et à berner l'oeil goguenard du Français moyen: la désillusion a, là-dessus, été totale... ), mais dont la conception d'une Europe unifiée portait à litige ( c'est pour le moins ! ) et dont les moyens pour la construire prêtaient, l'expression est faible, à discussion... Sarkosy en pire: ne lui resteraient donc qu'une petite taille sans grandeur, qu'une intelligence quelconque sans empire, qu'une sensibilité sociale sans la « bonté » du Troisième qui était en fait le deuxième, qu'un européanisme sans liberté, inféodé qu'il est à l'Allemagne, surtout en ces temps de crise, où l'Allemagne est grasse et sa chancelière aussi, et qui du reste s'en plaint... L'Allemagne qui, à Waterloo, qui à Sedan, acheva bien mal le destin des deux premiers empires... : Angela Merkel a-t-elle l'idée heureuse ( ou cynique ?... ) de vouloir prêter main-forte ( main-forte ! : ça rappelle de bien mauvais souvenirs, ça, dites donc... ), au candidat-Président ? Peut-être, à tout prendre, François Hollande a-t-il cent fois raison de vouloir, s'il est élu, en remontrer à l'Allemagne qui en mène large, et en écrase au passage ?...

Ah, et puis, et puis, Monsieur Sarkosy n'est pas spécialement un ami du Québec: « c'est pas mon truc », avait-il très franchement dit, en 2007. Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas: Monsieur Sarkosy n'est pas mon truc, à moi non plus. Vivement Hollande, vivement une gauche unifiée, vivement de l'espoir, vivement de la fraternité, fraternité et charité qui se font rares depuis que la bible a été réécrite par les apôtres du Sauveur de Chicago*, depuis, en fait, beaucoup trop longtemps.


* Milton Friedman, bien entendu. On ne compte plus les morts, depuis sa très curieuse conception ( appliquée ! ) de la « liberté » 





mardi 14 février 2012

SAINT-VALENTIN !



Depuis trois ans, la caméra du Mars Global Surveyor 
capte ces images étonnantes de formations géologiques à la surface de Mars -  étonnantes à nos yeux, évidemment. La NASA les collectionne, prépare patiemment un montage spectaculaire pour le Grand Jour ! 
Ça fait sourire: 
eh, un clin d'oeil amoureux directement de Mars ( rouge de timidité ? )

C'est égayant, faut ben dire, quand c'est ton chum qui t'envoie l'image au petit matin du 14 février...
Il y a de ces jours où je me dis que je vieillis en paix, pour l'éternité.

C'est avec plaisir que je partage cette photo avec vous tous, lectrices et lecteurs occasionnels de ce blogue.
Heureuse Saint-Valentin !

Post-Scriptum politique ( je peux pas résister ! ):

Heureuse Saint-Valentin, et même, oui, aux Libéraux sincères, un peu amochés à l'aine et à l'éthique - deux mots dont on ignore généralement le sens!,  et même, oui, à Mme Marois, la dame de diamant, qui a beaucoup perdu, mais pas un seul éclat tant elle est dure et qu'elle dure !, et même, oui, à M. Legault, qui doit bien se demander s'il devra puiser dans ses goussets pour payer à la fois les salaires promis aux enseignants et renflouer les profondeurs abyssales des régimes de retraite !






vendredi 10 février 2012

10 FÉVRIER 1763: LE DÉSASTRE NATIONAL


Source: http://www.septentrion.qc.ca/banque-images/fiche-image.asp?id=4720



Il y a exactement 249 ans aujourd’hui, 10 février ( sans rire, il faudra voir si Québec, ou Paris, ou Londres, ou les trois conjointement, souligneront le 250e anniversaire de l’événement l’an prochain, mais on peut raisonnablement en douter… ),  les diplomates de France et de la Grande-Bretagne signaient le traité de Paris, la pire des défaites militaires de la France ( exception faite, peut-être, de la campagne de Russie, en 1812, où Napoléon perdit, dans le froid polaire hâtif de cette année-là, plus de 500,000 hommes. )

La France se retirait irréversiblement de l’Amérique continentale. La perte était colossale, tellement vaste qu’elle en était immesurable, sauf regard atterré sur une carte d’époque, à l’échelle exacte. L’enjeu de la guerre avait été crucial, la possession même de l’Amérique du Nord, celle qui comptait vraiment à l’époque, la partie centrale du continent, à l’est du Mississippi. Bougainville, présent à la bataille de Québec de l’été 1759, le comprenait parfaitement bien, comme le comprenait tout aussi bien l’Angleterre, qui avait saisi, depuis longtemps, l’ampleur et l’importance d’une victoire totale en Amérique du Nord. En 1763, à la signature du traité de Paris, l’Angleterre parvenait à une culmination de puissance qu’elle allait conserver jusqu’à la Première Guerre mondiale. 

C’était la désolation, en Canada, et dans les populations indiennes de l’ancienne Nouvelle-France. « Les Anglais sont nos maîtres », désormais ; l’expression de l’évêque catholique de Québec, déjà aliéné par les nouveaux caciques locaux, est restée longtemps fameuse. Les Anglais étaient désormais nos maîtres… ; terrifiés, les Canadiens ( français ) s’inquiétèrent, au jour le jour, de ce qu’ils allaient devenir. Ils se soumirent, bien sûr, parce que la Proclamation royale qui suivit, à l’automne 1763, première véritable constitution de l’histoire du Québec ( octroyée, comme elles le seront toutes, par la suite, jusqu’au dernier produit anglais, le Canada Bill de 1982, ) ignorait leur langue nationale, leur droit civil, leur régime de propriété. C’était la grande peur, ( et la grande dérobade des Canadiens, le premier repli, celui-là de droit civil ), restée longtemps dans les mémoires, jusqu’au vers emblématique du Ô Canada de Routhier, qui la rappelait encore en 1880 : « … protégera nos foyers et nos droits ».  Dans l’Ouest, précisément dans la région encore sauvage des Grands Lacs, où les Canadiens et les Français avaient leurs réseaux d’affaires, depuis longtemps, le grand chef Pontiac, qui lui aussi, comprit parfaitement bien le sens exact du traité de Paris, souleva les populations indiennes contre le nouvel occupant, qui régla le problème, l’affaire est célèbre, à coup de fusils et de couvertures contaminées : c’était là la manière Amherst de régler un imprévu très inquiétant, si par malheur les Français avaient voulu profiter de l’occasion et s’étaient à nouveau montrés dans la vallée du Saint-Laurent. Attente inutile : Pontiac resta seul à résister ; c’en était fait, de la Grande Paix de Montréal, signée entre les Français et les Indiens en 1703, et qui les reconnaissait comme « peuples » ayant droit à leurs « terres » ancestrales. Cette paix était un fait unique dans l’histoire coloniale des Amériques. Canadiens comme Indiens, du reste souvent confondus par le conquérant, perdaient gros avec le traité de Paris : les premiers devinrent un peuple conquis, les seconds des peuples soumis, et bientôt mis sous tutelle. Cynisme ultime de cette histoire, l’alliance intime entre les Canadiens ( français ) et les Indiens, faite d’authentiques connaissances culturelles, partagées, métissées, fut à jamais brisée ; et les deux alliés de naguère devinrent d’abord des inconnus, puis d’irréductibles adversaires. La division fut tout aussi triste qu’inutile, sauf de renforcer, bien sûr, le système en place, au profit de ceux qui l’avaient voulu tel qu’il était. On allait voir, longtemps, les Canadiens ( français ) et les Indiens, conquis, soumis, apprendre à quémander, à supplier, à bomber le torse dans des crâneries nationalistes piteusement chimériques.

La France avait donc disparu d’Amérique. Elle participa, c’est vrai, au succès des Américains révoltés contre la Grande-Bretagne, mais lors du second traité de Paris, en 1783, la France, pourtant victorieuse,  ne réclama rien, absolument rien, du côté de la vallée du Saint-Laurent. C’est quand la chose fut connue que la désillusion des Canadiens ( français ) fut la plus douloureuse, la plus amère, jamais oubliée. Les Anglais allaient rester nos maîtres, pour longtemps. L’histoire du Québec naissait vraiment de cette date terrible, 1763, confirmée en 1783. Guy Frégault, en conclusion de la Guerre de la Conquête, écrivait là-dessus en 1955: « Si (…) l’histoire est une hypothèse permettant d’expliquer les situations actuelles par celles qui les ont précédées, un examen attentif de la façon systématique et décisive dont le peuple canadien fut brisé doit nous mettre à même de voir sous son vrai jour la crise, d’ailleurs évidente, de la société canadienne-française et de constater qu’il (… ) s’agit (… ) d’une crise de structure démolie et à jamais convenablement relevée ». Encore en 2012, l’analyse de Frégault reste pour l’essentiel incontestable. Elle l’est plus encore, plus tragiquement encore, pour les peuples indiens d’Amérique, aliénés, davantage entretenus que les Québécois eux-mêmes, les anciens Canadiens, eux qui ont eu la chance, en 1867, de conserver un tronçon d’État sur un territoire à peu près national.

Reste donc à voir si, l’année prochaine, on aura le bon goût d’organiser quelque grandiose soirée, sur les Plaines, à Québec, pour commémorer l’immortel événement du 10 février 1763. Il y a déjà eu John, Paul, Céline, Ginette ; il y aura bientôt Madonna. L’an prochain, je verrais bien Madame Windsor, flanquée de l’ineffable et coûteuse Lise Thibault, souligner comme il se doit un si grand, et si bienheureux événement, dont on n’aura pas la grossièreté de l’appeler publiquement comme il se doit, la Conquête.








vendredi 13 janvier 2012

EMERSON, LAKE AND PALMER: C'EST LA VIE ( 1977 )



Une chanson que j'ai toujours adorée. Ça ne s'explique pas. Mais ça s'entend, ça se ressent, ça frissonne au coeur de soi... Une chanson qu'on aime, ça dit toujours beaucoup de ce qu'on est, de ce qu'on rêve: je me révèle !

Quand j'étais très ( très ! ) jeune, et que je traînais dans les bars, tout s'arrêtait, cruise, espoirs, détresse, dès que j'entendais cette chanson. La meilleure, peut-être, de E-L&P. 

... Like the sea
There's a love too deep to show
Took a storm before my love flowed for you
C'est la vie...


C'est magnifique ! Et c'était tellement voulu, désiré, que c'en était fatalement prédestiné.









HIVER




Je hais l'hiver. Ce n'est beau qu'un court moment, à la première neige, quand l'hiver trompe, donne l'illusion de tout recouvrir à tout jamais, pour tout nier, pour tout remettre à neuf — nos saletés de vie, notre saleté de ville, l'effroyable saleté de notre misère sociale qui cesse de s'agiter, et pétrifie, le glaçon accroché au nez et à la barbe, respirant mal dans la poudrerie, tout près d'agoniser, — pour faire place nette, et propre, et blanche, pour espérer pouvoir tout recommencer dans un monde étrange et inédit. L'hiver est un moment vide. L'hiver est un trompe-l'oeil. L'hiver est un oubli. L'hiver tue. Et c'est au printemps, tous les Montréalais le savent, qu'on découvre la mort bien avant la vie, les déjections de toutes sortes que l'hiver n'a fait qu'entasser sans les putréfier. Durant une tempête de neige, les enfants courent, riant, criant, bouche ouverte et langue sortie, pour avaler le plus possible de flocons. Ils ignorent encore, se laissent illusionner. C'est quand ils pissent dans la neige qu'ils soupçonnent la vérité. La blancheur est de fait écoeurante. C'est un poison qui nous tombe dessus, et qui reste là, des mois durant, à nous narguer.

Je hais l'hiver.





jeudi 12 janvier 2012

iPod TOUCH ( 4è GÉNÉRATION ) [ ou quand le merveilleux enchante les âmes simples ! ]








Il faut vraiment que j'aille peu à écrire, pour en remettre du côté des produits de M. Steve Jobs. Je l'avais déjà fait, une nuit de juillet 2011, alors que je célébrais ( très sobrement, pas une goutte, sauf de l'eau ! ) l'achat d'un iPad 2. [ http://chosesvues-rpl.blogspot.com/2011/07/ipad-2.html ] Cette petite merveille de technologie m'avait été très utile en Europe, l'automne dernier. Un ordinateur transportable avec tranquillité, quoi, un poids léger, et voilà qu'avec le Nuage ( iCloud, pour parler exact ) le iPad devient le portatif d'élite pour qui veut voyager sans s'encombrer ! Une merveille !

Mais il m'en fallait plus. Et puisque mon ( ex ) employeur tenait à me faire un « cadeau », j'ai pu m'offrir aujourd'hui, gratis, un iPod touch, quelque chose comme une version préalablement comprimée du iPad, un poids plume, bien que le bidule soit déjà prodigieux, et tout aussi électrisant. Le spectacle est tout petit, mais avec son écran Rétina, il en met plein la vue ! J'ai tout ce que M. Jobs a pu offrir au vaste monde de son vivant, ou presque; je peux quasiment vivre mes journées ( et agrémenter ma vie )  en passant d'un appareil Apple à l'autre ! C'est merveilleux !

Remarquez, je me meus quand même au gym. Et je me cherche ( un peu ) du travail, un emploi, une activité rémunérée, une fonction sociale, une utilité, bref, quelque chose à faire du temps qui s'écoule beaucoup trop vite. Je lis Kevin Z. ( et Stefan Zwieg, et même Louis-Ferdinand Céline ). Je vais aussi au cinéma - en poussant un peu LeChum hors de la maison pour qu'il m'accompagne par grands froids! On est allés voir Les aventures de Tintin- Le secret de la Licorne, dimanche soir dernier. En 3D, s'il vous plait. Fantastique ! À couper le souffle ! Du grand septième art, je vous assure, la preuve sur pellicule ( ou sur disque dur numérisé en haute définition... ) que la technologie peut brillamment servir le talent, incontestable, des réalisateurs/producteurs Spielberg et Jackson, et de Hergé, dont le film respecte rigoureusement l'esthétique. Un très, très beau film, très bien scénarisé. Il faut y aller, porter les lunettes spéciales, laisser à la porte sa peur du ridicule ( ou des maladies, mais n'ayez crainte, les lunettes sont stérilisées après recyclage! ), et être bon public, simplement bon public, pour ne gâcher ni son plaisir, ni son étonnement. Bonheur suprême, la Castafiore est de la distribution, très en voix, cantatrice éblouissante grâce à l'interprétation qu'en fait Véronique Alycia, dans la version française du film - qu'il faut de toute façon voir en français. J'aurais aimé retracer la Castafiore sur YouTube, la présenter sur mon blogue; elle n'y est pas encore, la madame; en attendant, cette photo, qui donne une ( pâle ) idée de ce qu'est ce petit chef-d'oeuvre du film d'animation. Bravo !


Tintin, et un des deux Dupondt(s), dans Le secret de la Licorne, de S. Spielberg




dimanche 1 janvier 2012

2012 !!!!



Blague facile, et de circonstance, en cette année de fin de monde prévue
par les Mayas !

Héhéhé !

Bonne année à toutes et tous !