mardi 12 avril 2011

LA GUERRE DITE DE SÉCESSION


Drapeau des États confédérés, en avril 1861: sept étoiles pour, alors, sept états sécessionnistes.



Je n’y aurais pas pensé, j’avoue, sans avoir eu sous les yeux, ce matin, un article du Time Light Box, qui rappelle qu’il y a 150 ans aujourd’hui même, le 12 avril 1861, commençait la guerre civile américaine, aussi dénommée guerre de Sécession. Ces appellations de la terrible guerre qui s’amorce, passées à l’Histoire, et répétées depuis, sans qu’on s’arrête maintenant au sens premier des mots, masquent le fait qu’il y a eu une guerre totale entre deux États souverains, deux pays, et nient, par ailleurs, qu’il ait pu y avoir, de quelque manière que ce soit, conformément au droit constitutionnel, ou de par le simple droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à choisir la forme de gouvernement qui leur convient, une liberté quelconque fondant la légitimité de la sécession de onze États fédérés.

En mars 1861, lorsqu’il devient Président, Lincoln parle de «l’union éternelle» des 35 états unis d’alors – rien que ça, éternelle. La guerre est donc inévitable, si les Confédérés, autrement dit les sudistes, passent de proclamations d’indépendance successives – il y en a sept qui ont franchi le pas, le 12 avril 1861 ; 5 autres vont les rejoindre avant juin -  à l’acte de guerre comme tel. Lincoln leur tend le piège du premier coup de feu, et du déshonneur, en massant des troupes nordistes dans la forteresse fédérale de Fort Sumter, au large de Charleston, en Caroline du Sud. Le gouvernement sudiste est déchiré, divisé sur ce qu’il doit faire : attaquer et chasser, ou attendre et espérer d’éventuelles négociations ? C’est l’option de la guerre qui l’emporte, assortie d’assurances pacifistes : le Sud, dit-il, ne veut pas détruire le Nord, mais que rendre son indépendance, maintenant chose faite, irréversible. Lincoln ne verra jamais les choses ainsi, ni en 1861, ni de toute la durée de la guerre. Pour lui, il n’y a aucun droit, aucune possibilité, à ce que des États puissent librement décider de quitter « le gouvernement par le peuple et pour le peuple », entendons la République fédérale et constitutionnelle américaine.

Fort Sumter, attaqué, tombe en deux jours. Pas un seul soldat n’est mort. Les vaincus quittent par mer, et rejoignent sans problème le territoire de l’Union, le Nord. La séparation semble définitive. Si vraiment il doit y avoir guerre, personne, en 1861, ne la croit autrement que courte, et facile à gagner.

La guerre sera longue. Quatre années d’horreur absolue. Fini, le champ de bataille héroïque d’une seule journée. La guerre de Sécession invente : les tranchées, la conscription, la mobilisation de masses humaines gigantesques pour l’époque, les bombardements intenses sur les villes et les populations civiles, l’usage à des fins militaires de nouveaux transports, et encore, les nouveaux armements, cuirassés, sous-marins, mitraillette, la guerre économique, la guerre de propagande, abondamment photographiée par ce qu’on pourrait appeler, déjà, des reporters de guerre, et ultimement, à l’encontre de Lincoln qui s’est fait là-dessus brusquer par les membres de son propre Cabinet, guerre sociale, qui libère les esclaves afro-américains, pourtant les premiers concernés par cette guerre, et qui eux, sont motivés, au moins chez les nordistes, pour y participer et la gagner.

La guerre de Sécession fait 600,000 morts, dans un pays qui dépasse à peine les 30 millions d’habitants. Elle reste encore, de nos jours, et par comparaison, la pire guerre de l’histoire des États-Unis, un «meurtre collectif », en dit le général Lee, sudiste, pourtant héros, pour tous, de cette guerre. Peut-être parce qu’il est resté loyal à son état d’origine, la Virginie, sans pour autant favoriser à tout prix le maintien de l’esclavage, Lee reste un symbole d’honneur qui peut être récupéré par l’Histoire. C’est, lui,  un bon sudiste.

Cette guerre, que Lincoln ne veut mener que contre des rebelles, est une guerre sociale non aboutie. L’esclavage est aboli, c’est vrai, en 1865. Mais aucune révolution sociale, pourtant nécessaire, ne la complète. William Garrison, peut-être le plus brillant des intellectuels engagés dans la lutte contre l’esclavage, a souvent expliqué qu’abolir l’esclavage sans indemniser les esclaves pour leur travail était un contresens radical. Quatre millions d’entre eux, concentrés toujours dans le sud, sans compter leurs ancêtres, qui se comptent aussi par millions, morts au travail, dans des conditions ignobles, depuis des générations, ont fait beaucoup, énormément pour ce pays, sans en tirer quelque richesse transmissible que ce soit. Les Noirs ne sont pas indemnisés en 1865, et ne le seront jamais. On en discute encore de nos jours, et il est possible que la question, portée maintenant à l’ONU, aboutisse à un résultat concret, une solution de justice, un transfert de richesse qui permettraient aux Afro-Américains d’accéder, enfin, au plein développement, dans leur propre pays, où les premiers des leurs sont arrivés, bien malgré eux, en 1619 – avant même le célèbre Mayflower, symbole par excellence de la liberté américaine.

La guerre de Sécession a été la première guerre moderne de l’Histoire. Elle était, barbelés en moins, le prélude de la Première Guerre mondiale. Elle a habitué, héritage effrayant, l’humanité à la guerre de masse, et aux immenses charniers.


Richmond, capitale des États confédérés, en 1865, au moment de la défaite.







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